Un film français de André Téchiné
Avec Emmanuelle Béart
et Gaspard Ulliel
Mars Films - 2003 - 1h35
PERDUS
DE VUE
Un film de climat parfaitement maîtrisé qui permet à
André Téchiné de retrouver son actrice fétiche
et donner le coup d’envoi de la rentrée cinématographique
Juin 1940. D’interminables processions de civils en fuite encombrent
les routes de France. On piétine, on s’arrête,
on attend, on a faim et soif, et surtout on a peur. Peur des attaques
de l’aviation allemande qui mitraille et bombarde ces populations
désemparées. Comme des millions de Français,
une femme et ses deux enfants ont quitté Paris pour un exode
dont ils ne connaissent pas même le but. C’est dans ce
chaos que survient la rencontre avec Yvan, un jeune homme sorti de
nulle part qui les emmène à l’écart de
la tragédie et les installe dans une demeure abandonnée.
Coupés du monde, ces quatre-là vont vivre une expérience
éphémère et ambiguë.
En adaptant le roman de Gilles Perrault, Les yeux gris, André
Téchiné a réussi le tour de force de dire beaucoup
de choses avec une économie de moyens remarquable qui ne fait
que renforcer le pouvoir de fascination de son film. Les égarés
est le contraire d’un film bavard, mais chaque mot, chaque image
est porteuse de sens, chaque détail compte dans la compréhension
des personnages et des événements.
Malgré le huis-clos rassurant de cette demeure isolée,
on ressent physiquement l’angoisse que la guerre fait peser
sur ses occupants : des bruits de bombardement lointains, un soldat
allemand mort dans un champ, deux soldats français en fuite…
Grâce au huis-clos rassurant de cette demeure isolée,
on apprécie l’évolution fine des personnages,
de leurs relations, de leurs rapports de force et de faiblesse, de
domination et de soumission qui s’inversent au gré des
circonstances.
Emmanuelle Béart confirme, si besoin était, un talent
hors du commun, Gaspard Ulliel est convaincant dans un rôle
ambigu de sauveur providentiel. Mais il faut également souligner
l’interprétation de Grégoire Leprince-Ringuet,
en fils aîné qui tente d’assumer le rôle
du père dans la cellule familiale décomposée.
En cette fin d’été, Les égarés nous
permettent de retrouver avec plaisir le chemin des salles obscures.