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     CiNéMa
 
ELEPHANT

Un film américain de Gus Van Sant
Avec Alex Frost
Eric Deulen
et John Robinson

MK2 - 2003 - 1h21
ELEPHANT FOR COLUMBINE
Un film froid et dérangeant qui, sans rien expliquer (mais y a-t-il une explication ?) décortique cliniquement un début de journée ordinaire dans un lycée américain. Jusqu’au drame.


C’est un pachyderme qui a reçu cette année la double Palme d’Or et de la mise en scène à Cannes, et pourtant au commencement, il se présente au spectateur dans la légèreté d’un ciel sans nuages.

Aussi, paradoxale est l’insouciance des jeunes gens qui se croisent ce matin-là au lycée, alors que, nous le savons, les salles et couloirs qu’ils arpentent seront dans quelques heures le théâtre d’un drame humain impensable.

On les suit donc, les uns après les autres, dans le déroulement de ce début de journée comme les autres : John arrivant au lycée après avoir laissé son père une nouvelle fois ivre dans la voiture, Elias venant développer ses nouveaux tirages de photographe amateur au labo de l’école, la classe de sport s’entraînant sur le stade, alors que résonne, en fond sonore, la Sonate au Clair de Lune de Beethoven, faisant de cette scène un instant de félicité, où la sérénité et la vie semblent établies pour toujours, inviolables.

On fait aussi la connaissance de Brittany, Jordan et Nicole, trois copines qui discutent régimes, mecs et shopping, ou encore celle de Michelle, complexée et exclue, qui vient donner un coup de main à la bibliothèque après son cours.

Mais des nuages commencent à passer dans le ciel. On retrouve le garçon, tête de turc de la classe, aperçu tout à l’heure, jouant à présent du piano chez lui, cependant que son copain, affalé sur le lit, s’entraîne à tirer sur les cibles humaines d’un jeu vidéo. Peu après, on les voit tous deux regarder avec intérêt des photos d’armes lourdes sur un site Internet au nom suffisamment éloquent de « GunsUSA »…

Comme si de rien n’était, on passe ainsi d’un groupe d’élèves à un autre, dans cette ambiance chahuteuse de lycée, revoyant parfois la même scène filmée sous un autre angle, ou bien retrouvant un élève, par le jeu d’un flash-back, là où on l’avait laissé quelques scènes auparavant, et le suivant à son tour un instant dans les méandres du lycée. Si bien qu’au bout d’une heure, chacun des personnages nous est devenu familier, voire attachant, montré dans l’univers qui lui est propre, avec ses préoccupations du jour. Pourtant, l’heure tournant et la fin approchant, on finit par se demander si, dans cette journée si ordinaire, il va vraiment se passer quelque chose d’extraordinaire.

Justement le ciel s’obscurcit de façon de plus en plus inquiétante. Les deux copains ont mis leur plan au point : armés jusqu’aux dents, ils arrivent tranquillement au lycée. Le dégommage sera sûr, froid, frénétique, jubilatoire sans aucun doute. Panique, fuites, mais au lieu de cris, seules les détonations meublent le silence. Et puis le calme revient. Le ciel est redevenu bleu. Ce fut une tuerie.

Fin du film et moment de déception. On attendait des explications, au moins une ébauche de causes trouvées à tout ce drame, qui bien sûr fait référence à celui, bien réel hélas, de Columbine, et plus largement à la série de violences à l’école qui a secoué l’Amérique à la fin des années 90. Mais là, non, aucune analyse. On comprend alors qu’il n’y a peut-être rien à expliquer. Parce que c’était simplement pour jouer, une dernière fois, avec comme apothéose l’exaltation du jeu en grandeur nature. Le jeune tueur n’est-il pas gagné par la fièvre du jeu, lorsqu’il vient déclarer fièrement à son copain « I shot the Président », comme s’il venait de gagner, avec la mort du Proviseur, un maxi bonus de 1000 points, deux vies supplémentaires et un kalachnikov de rechange pour la prochaine partie ? Ni sentiments, ni humanité, à l’image de cette interminable et sadique scène finale, haletant au rythme d’une comptine pour enfants.

Sans être un chef d’œuvre, Elephant parvient, si l’on en juge par le silence qui accompagna la sortie de la salle, à nous ébranler sérieusement par cette violence invraisemblable et encore incompréhensible.


Fabienne Simon-Jean
© Jowebzine.com - Octobre 2003

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