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LE FILS D'ELIAS

Un film argentin de Daniel Burman
Avec Daniel Hendler
Adriana Aizemberg
Jorge d'Elia
et Sergio Boris

Oceans Films - 2004 - 1h40
Comme le Woody Allen d’il y a quelques années, Daniel Burman raconte la vie d’Ariel, qui a beaucoup de mal à passer à l’âge adulte. De l’art d’évoquer avec grâce des sujets sensibles.


Le fils d’Elias nous entraîne, caméra à l’épaule, dans un centre commercial un peu miteux, de Buenos Aires en Argentine. Ce centre commercial est au cœur d’un quartier juif que Daniel Burman, le réalisateur, filme en empathie.

Ariel est un déjà vieux jeune homme qui vit chez sa mère et travaille avec elle dans une boutique de lingerie. Son père est parti en Israel en 1967 pendant la guerre des six jours et n’est jamais revenu. Les seules images que possède Ariel datent de sa bar-mitsva. On y voit son père traverser l’écran d’un film amateur.

Ariel en veut énormément à ce père absent qu’il accuse d’avoir gâché sa vie. Oui, mais que fait-il de sa vie justement, Ariel ? Il papillonne dans le centre commercial, entre le magasin de sa mère, la boutique d’accès à Internet tenu par une blonde piquante et un vieux monsieur dont on ne sait s’il est le père ou le mari de la piquante blonde. Ariel se rend aussi chez son frère qui vend par téléphone des stocks d’objets insensés. Il se rend encore chez sa grand-mère parce qu’il a besoin de son passeport polonais.

Car Ariel, vivant dans un pays constamment à la recherche de ses racines, a le projet farfelu d’émigrer en Pologne, qu’il considère comme une sorte d’Eldorado et de terre des racines En fait, quand on n’aime pas la vie que l’on mène, on a désespérément besoin d’un fantasme de fuite et la Pologne représente cela pour Ariel.

Voilà un film qui pourrait être lourd et plombé, mais qui a l’élégance d’être léger. Daniel Burma, dans un entretien accordé à Télérama, explique que faire du cinéma, écrire un film et se poser des questions sur le scénario est une activité futile quand des gens sonnent à la porte de votre appartement pour vous demander à manger.

Quand les critiques repus du Masque et la plume, ont parlé du film, sur France Inter, ils lui ont reproché sa légèreté. Parce qu’ici, dans notre communauté européenne, on aime les films qui exhibent leurs pectoraux idéologiques. Eh bien non, comme la vie est d’une dureté totale, pour ceux qui l’ignoreraient, Burman choisit d’en sourire. Voilà une attitude empreinte de classe !

On trouve dans ce film l’idée que nous sommes des êtres imparfaits. Il nous manque toujours quelque chose : un ami, un parent, un amour. La seule manière de ne pas souffrir de cette part manquante est de s’accepter soi-même tel que l'on est, quitte à courir comme si l’on se sauvait de l’endroit où l’on vit.

Voilà le genre de réflexions "légères" qui vous taraude à la sortie d’un film qui vous laisse, néanmoins, le sourire aux lèvres.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mai 2004
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