Un film français de Denis Dercourt
Avec Richard Berry
Mathieu Amalric
Maurice Garrel
Elodie Peudepiece
et Malik Zidi
Océan Films - 2003 - 1h26
Une
histoire forte et sensible sur le passage à l’âge
adulte. Denis Dercourt signe un 3e film tout à fait convaincant
avec un Richard Berry prodigieux en père aimant et tyrannique
Jean Debart, violoncelliste d’orchestre, élève
seul son fils et sa fille. Leur mère, soliste virtuose, est
morte quelques années plus tôt. Ce père veut donc
faire de ses enfants des virtuoses à leur tour. Pour cela,
une seule méthode : le travail. Alexandre et Adèle ne
vont pas à l’école, ils travaillent leur instrument.
Alexandre, 11 ans, est un pianiste prometteur ; Adèle, grande
adolescente, est déjà une violoncelliste hors pair,
comme sa mère, mais le passage à l’âge adulte
ne se fait pas sans heurt.
Le sujet est convenu. Pourtant, avec une économie de moyens
évidente, mais jamais gênante, Denis Dercourt nous fait
entrer sans peine dans cette histoire de famille à double thématique
(le transfert et le passage) et dans l’univers sublime et impitoyable
de la musique classique. Il faut dire qu’il sait de quoi il
parle puisqu’il est lui-même professeur au Conservatoire
de Strasbourg après avoir fait ses études au Conservatoire
de Paris et avoir été Alto solo de l’Orchestre
symphonique français jusqu’en 1993.
Histoire de transferts, donc. Celui du père, musicien anonyme,
vers ses enfants dont il veut faire des petits prodiges ; mais aussi
celui de la fille qui se doit d’atteindre l’excellence
de sa mère. Histoire de passage, surtout, du statut d’enfant
à celui d’adulte. Car si Alexandre, encore jeune, est
docile aux volontés de son père, Adèle entrevoit
la vie avec d’autres yeux, conséquence inéluctable
du temps qui passe.
Tout est résumé dans cette magnifique scène au
cours de laquelle Adèle se rebelle contre l’autorité
de son père et part en claquant la porte. "Si je puis
me permettre, Monsieur, dit la gouvernante qui a assisté à
l ‘échange, les enfants sont faits pour grandir et devenir
adultes. C’est dans l’ordre des choses." "Non,
mes enfants ne sont pas des enfants normaux, répond le père,
ce sont des musiciens." Tout est dit et bien dit par un Richard
Berry sobre et convaincant dans sa volonté farouche de mentor
intransigeant, et par Elodie Peudepièce en timide et touchante
jeune fille modèle qui s’émancipe.
Pour filer la métaphore musicale, disons que Mes enfants ne
sont pas comme les autres, plutôt que philharmonique, est une
très honnête formation de musique de chambre : élégante
et sensible.