Un film français
de Christophe De Ponfilly
Avec Sacha Bourdo
Patrick Chauvel
Moalemalef Sourat
et Mohammad Amin
Les Films du Losange - 2006 - 1h45
C’est
l’histoire d’un petit soldat russe perdu dans une guerre
qui ne le concerne pas. C’est l’histoire d’un documentariste
qui voulait partager sa passion avec un pays meurtri à travers
une fiction. C’est l’histoire d’un humanisme flamboyant
qui s’éteint. L’étoile du soldat est une
histoire simple, émouvante et franche.
Le premier et unique film de Christophe De Ponfilly possède
de nombreuses anecdotes. Elles nourrissent la singularité du
long-métrage. Par exemple, L’étoile du soldat
est l’un des rares films tournés en Afghanistan. Le cinéaste
a réussi à embarquer une petite équipe pour tenter
l’aventure dans ce pays en guerre. Le tournage fut évidemment
compliqué et très difficile.
Ensuite, le film est aussi marqué par le suicide du réalisateur,
Christophe De Ponfilly. Journaliste, l’homme a toujours été
passionné par l’Afghanistan. Il a consacré de
nombreux documentaires sur le sujet. Il fut aussi un proche du commandant
Massoud, célèbre pour son combat contre les communistes
et les talibans. D’ailleurs son décès serait lié
à la disparition tragique de Massoud. Le journaliste avait
des rêves et ils furent brisés à la fin de l’été
2001. Il ne s’en est jamais remis.
L’étoile du soldat est l’expression de ce rêve
et de la désillusion qui a suivi. Son film est inspiré
d’une histoire vraie : celle d’un militaire russe devenu
ami avec ses anciens ennemis, au milieu des années 80. Nicolaï
est un artiste obligé de partir faire son service militaire
en Afghanistan. Petit et lunaire, sa vision de la guerre semble éthérée.
Il ne se rend pas bien compte de la violence et de la propagande russe.
Puis, au hasard d’une mission de routine, le soldat est kidnappé
par des moudjahiddins. Très vite, au-delà des hostilités
qui ravagent la région, Nicolaï se lie d’amitié
avec ses ravisseurs. Un journaliste français va observer cette
surprenante relation.
Autobiographique, le film impressionne d’abord par la véracité
de ses images. Les montagnes arides de l’Afghanistan sont à
elles seules une vision envoûtante et très éloignées
des images belliqueuses véhiculées par la presse occidentale.
Le film se permet d’ailleurs de remettre les choses à
leur place. Les Afghans ne sont pas tous des fous d’Allah. Ils
ont pris les armes au nom de la liberté. Le réalisateur
réhabilite le combat long et courageux du commandant Massoud.
D’ailleurs de nombreux (non) comédiens sont des anciens
camarades de Massoud.
Au-delà de cela, Christophe De Ponfilly parvient, avec un micro-budget,
à réaliser un vrai film de guerre. Linéaire et
engagée, la fiction est haletante, soutenue par un Sacha Bourdo
extraordinaire. Avec des moyens réduits, il montre avec subtilité
l’aveuglement idéologique de l’armée soviétique
et la colère des moudjahiddins.
L’étoile du soldat éclaire alors sur la générosité
et l’humanité qui empêchent l’homme de sombrer
dans la barbarie. Christophe De Ponfilly a hélas perdu tout
espoir : cela rend le spectacle à la fois étrange et
essentiel !