Film hongrois de Lajos Koltai
Avec Marcell Nagy
Aron Dimény
et Andras M. Kecskés
Films Sans Frontières - 2006 - 2h15
Adaptation
sobre et fidèle du roman autobiographique d’Imre Kertész,
prix Nobel de littérature 2002.
Gyuri Koves, adolescent hongrois de 14 ans, ne semble pas comprendre
ce qu’est être juif ni ce qu’est la Shoah. Même
lors du départ de son père pour les travaux forcés,
un sentiment de distance est présent. Cette séparation
va le projeter dans une vie d’adulte où l’on travaille
et l’on fait des choix, mais cet état va être de
courte durée car un trajet en direction de son travail le conduira
à Auswitch-Birkenau, camp de concentration où aucun
choix ne lui sera autorisé, si ce n’est celui de survivre.
Souffrant, il sera déplacé à Buchenwald d’où
il sortira (sur)vivant grâce à la libération des
camps par les américains. Cette fin n’est pas une happy-end
car si cela n’avait pas été le cas, ce film n’aurait
pas existé.
Contrairement à la croyance populaire, l’enfer de Gyuri
commence à la libération car son mal-être n’est
plus concret. Comment se projeter dans le futur après toute
cette macabre réalité ? Comment faire des choix quand
vous avez été déprogrammé pour cela ?
Comment se considérer comme un être humain quand vous
avez été bestialisé pendant des mois ?
Lajos Koltai, réalisateur et célèbre directeur
de la photographie, a esthétisé l’horreur des
camps de concentration et ce choix n’est pas anodin. Imre Kertész,
scénariste, a aussi choisi ce parti pris, il évoque
l’idée gênante qu’une mélancolie nostalgique
peut envahir le libéré, mais n’est-ce pas le point
d’ancrage de la résilience, mécanisme qui consiste
à transformer ses blessures en force ?
Les plans sont léchés à l’excès,
ce procédé permet de mettre en évidence l’horreur
des camps grâce à la beauté des photographies.
Le contraste des couleurs est atténué. Les regards sont
poignants et inoubliables. Les traits de caractères sont exacerbés
par la peur. Un seul reproche : l’utilisation de la musique,
sensée illustrer les scènes, est ici poussée
à l’excès. Certains tableaux très parlants
auraient eu plus de résonance dans le silence.
Le nombre de salles projetant ce film illustre parfaitement la note
finale, la persistance du sentiment de gène face à ces
survivants des camps de la mort dont le seul crime est d’être
né juif. Cette injustice a amené des enfants à
se demander ce qu’est être juif, doit-on en avoir honte
ou en être fier ?
Ce film ne fait le procès de personne, le but est de rendre
palpable l’inconcevable afin de ne pas oublier ce qui a existé.
Etre sans destin devrait remplacer Nuit et brouillard dans le programme
pédagogique, la brutalité visuelle déshumanisait
l’horreur alors qu’ici l’esthétisme sert
la mémoire.