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     CiNéMa
 
THANK YOU FOR SMOKING
Un film américain de Jason Reitman
Haut et Court - 2006 - 1h32

JUGEZ-MOI COUPABLE

Un film américain de Sidney Lumet
Metropolitan FilmExport - 2006 - 2h04

LE MAITRE D’ARMES

Un film hong-kongais de Ronny Yu
UIP - 2006 - 1h44
C’est un discours connu du cinéma : la famille, c’est ce qu’il y a de plus important. Sauver sa famille, c’est sauver son pays. Voilà par exemple, comment peuvent se résumer un grand nombre de films pompiers à la gloire du sentiment américain. Heureusement il y a des familles déviantes, bizarres et qui vont à l’inverse des clichés yankees.


La famille de Nick Taylor, par exemple, n’a rien de fréquentable. Ce massif personnage au sourire carnassier est au cœur du lobbying de la cigarette. Divorcé, il s’est reconstruit autour d’étranges amis : son patron suffisant, une lobbyiste de l’alcool et un gardien de la liberté du port d’armes. Voilà sa "famille" ! Elle est bien loin de représenter toutes les vertus des Etats-Unis. Mais ces personnes profitent pleinement du cynisme et de l’hypocrisie, cachés derrière le discours de l’Amérique prospère.

Nick Taylor est un vrai requin. Il a cependant du mal à concilier son travail de représentant des industriels de la cigarette avec son rôle de père. Car derrière le sourire de rigueur, Nick fait la grimace lorsque son fiston tente de lui ressembler !

Charge féroce contre le mensonge d’oncle Sam, le premier film de Jason Reitman (le fiston de Ivan) est une réjouissante comédie, un poil convenue, mais sacrément nerveuse. Plus inspiré que son papa, Jason Reitman mord à pleine dent le modèle américain. Un casting génial (Aaron Eckhart porte bien l’insolence) finit de convaincre. Thank you for smoking est un film mal poli, caricatural et quand les Américains se critiquent eux-mêmes, ils sont sacrément bons !

Autre famille excentrique : celle de Jugez-moi coupable, qui marque le retour du cinéaste new-yorkais Sidney Lumet (12 hommes en colère, Serpico, Le prince de New York). Un clan de mafieux se fait attraper par la police et la justice prépare un procès interminable pour les coincer définitivement. Dans cette famille, italienne jusqu’au bout des doigts, il y a le vilain petit canard, Giacomo Dinorscio. Surnommé Jackie Dee, déjà condamné pour 30 ans, cet escroc bavard se présente devant la justice sans avocat et fait le show. Reste à savoir si ce sera bénéfique ou non, pour lui et sa "famille" plutôt sceptique !

Spécialiste du film de procès, passionné par la loi et ses représentants, Sidney Lumet ne réalise pas son meilleur film. Il rappelle cependant certaines qualités de son cinéma. Ce cinéaste sait prendre le meilleur de ses comédiens. Ici, Vin Diesel surprend agréablement loin de ses rôles à biscotos. Lumet prend son temps. Loin des réalisations hystériques, il filme à hauteur d’homme, cette justice où les voyous et les magistrats se comportent parfois bizarrement. Enfin, il y a ce profond humanisme qui transpire de ce procès.

Jugez-moi coupable est une œuvre old-school, un peu paresseuse, lucide sur les ambiguïtés de la justice et très attachante ! A 82 ans, Lumet a de bons restes !

Le maître d’armes n’est pas un film américain, mais possède toutes les qualités pour voyager au-delà de l’Asie. Le film marque le retour de trois légendes du cinéma de HongKong à leurs premiers amours, après avoir fait quelques infidélités à Hollywood.

Le chorégraphe Yuen Woo Ping fut reconnu partout dans le monde pour son travail sur les Matrix. Ronny Yu a concocté quelques séries B rigolotes comme La fiancée de Chucky. Enfin Jet Li s’est compromis avec des spécialistes de l’action au rabais comme Joel Silver ou notre Luc Besson national.

Les revoilà donc sur leur île natale pour réaliser un pur film d’arts martiaux. Donc, exit le romantisme de Tigre et dragon. Dehors les effets spéciaux surexploités. Le trio retrouve les vertus du cinéma de HongKong : Le Maitre d’armes est un film d’action traditionnel.

L’histoire est simple et universelle : à l’aube du XXe siècle, Huo Yuanjiua est un maître des arts martiaux, qui ne pense qu’à être le meilleur dans sa région. Son talent se mélange avec une prétention sans égal. Pourtant un jour, il cause la perte de sa famille. Déboussolé, il s’exile, est recueilli par des paysans et retrouve un but à son existence.

Le plus surprenant dans ce film, c’est de voir Jet Li dans le rôle d’un type antipathique. Un vrai monstre d’égoïsme qui provoque la mort de ses proches. Le thème de la famille est ultra présent et se confond là encore avec un discours nationaliste, habituel dans les grandes productions chinoises.

Mais le savoir faire de Hong Kong ménage les spectateurs : c’est un grand spectacle, aux trouvailles visuelles spectaculaires, aux personnages bien observés, aux décors absolument splendides et bien entendu, les combats sont tout simplement renversants !

Tolstoï disait : "Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, toutes les familles malheureuses le sont chacune à leur façon". Grâce à ces dernières, ces trois œuvres différentes méritent l’adoption du public !


Pierre Loosdregt
© Jowebzine.com - Septembre 2006
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