Un film américain de Richard Linklater
Avec Kris Kristofferson
Greg Kinnear
Avril Lavigne
Ethan Hawke
Patricia Arquette
Luis Guzman
Bruce Willis
Et Catalina Sandino Moreno
La Fabrique de Films - 2006 - 1h44
Film
citoyen aux convictions affichées, Fast food nation s’égare
à vouloir lever trop de lièvres à la fois.
Don Henderson (Greg Kinnear) a un gros problème. Responsable
marketing de la chaîne des Mickey's Fast Food Restaurants, il
est le "papa" du fameux Big One, hamburger vedette de la
maison. Tout irait pour le mieux si une étude sanitaire commanditée
par un organisme indépendant n'avait fait apparaître
que la viande hachée du Big One était la plus contaminée
de germes indésirables de tous les hamburgers du marché.
Branle-bas de combat à la Mickey's qui mandate immédiatement
notre pauvre Don dans le Colorado, auprès de l'UMP (ça
ne s'invente pas), l'usine qui produit les palets de viande surgelée
du Big One. Il découvrira là toute l'horreur de la "vraie
vie" : élevage de bétail intensif (des milliers
d'hectares de prairies quadrillées de clôtures à
l'intérieur desquelles sont engraissées des centaines
de milliers de vaches dont l'espace vital est réduit à
sa plus simple expression) ; abattoir et usine de préparation
de la viande au réalisme cru, qui semblent tout droit sortis
du cerveau malade d'un psychopathe halluciné ; immigration
clandestine et esclavagisme moderne ; collusion entre éleveurs,
industriels et potentats locaux pour dégager les meilleures
marges sur la production bovine, fut-ce au détriment des normes
sanitaires légales…
En choisissant de confier l'adaptation de son livre-enquête
à un réalisateur de fiction plutôt qu'à
un documentariste, Eric Schlosser a fait le pari de la diffusion auprès
du plus grand nombre et d'un impact maximum sur l'opinion publique.
L'idée était sans doute bonne, et la pléiade
de stars hollywoodiennes (Kris Kristofferson, Avril Lavigne (!), Ethan
Hawke, Patricia Arquette, Bruce Willis…) au générique
du film de Richard Linklater semble en être la confirmation
évidente.
Pour enfoncer le clou, il ne nous épargne d'ailleurs aucune
image-choc. Ni l'éprouvante odyssée des candidats (Mexicains)
à l'immigration. Ni le traitement inhumain qui leur est réservé
au pays des gringos. Ni l'horreur aseptisée de l'industrie
agroalimentaire. Ni le cynisme mercantile des promoteurs de la malbouffe
si "chère" à notre José national.
Pourtant, ce regard déniaisé sur la réalité
du capitalisme américain et sur les coulisses de nos sociétés
de consommation n'arrive jamais à décoller vraiment.
À trop vouloir traiter son sujet sous différents angles
(certes complémentaires, mais méritant chacun un approfondissement
particulier) Linklater s'oblige à une superficialité
frustrante. On ressort ainsi de la projection de Fast food nation
avec le sentiment que l’objectif a été raté
pour le plus grand bénéfice des cibles visées.
Dommage.