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     CiNéMa
 
FAUX AMIS

Un film américain de Harold Ramis
Avec John Cusack
Billy Bob Thornton
Connie Nielsen
et Oliver Platt

Pyramide Distribution - 2006 - 1h28
Charlie Arglist est un avocat véreux. Vic Cavanaugh, son associé, ne vaut guère mieux. A eux deux, ils viennent de barber deux millions de dollars à Bill Gerard, caïd notoire de Kansas City. Le programme de cette veillée de Noël, c’est de se faire discret, d’attendre que la tempête de verglas qui s’annonce soit passée, et de partir, à l’aube, loin de Wichita. Mais les motivations des deux camarades semblent de moins en moins concordantes.

On ne connaissait visiblement pas cette facette de Harold Ramis - scénariste de Ghostbuster, puis tour à tour réalisateur de l’excellent Un jour sans fin, du décevant Mes doubles, ma femme et moi et du doublon poussif Mafia blues - qui joue, dans cette adaptation du roman de Scott Phillips La moisson de glace, sur la corde basse du film noir selon les bonnes recettes des maîtres d’antan. On connaissait davantage sa capacité à ouvrir la partition à l’acteur, quitte à laisser reposer sur les épaules d’un Michael Keaton démultiplié ou d’un Billy Crystal énorme, la quasi-médiocrité du scénario.

Donc, ce Faux amis (il va falloir un jour qu’on montre du doigt les imbéciles qui pondent ce genre de transcriptions ineptes) est rapidement étonnant par son ton, sa noirceur et son unité de temps. On y suit des personnages salis par leurs vies mafieuses, qui se croisent en nyctalopes dans Wichita, Sodome perdue du Kansas où la haute bourgeoisie mollie dans de chics restaurants, de riches villas, pendant que le prolo alcoolisé réinvestit son salaire dans des bars topless surnuméraires.

Arglist (John Cusack) soutient l’un d’entre eux en activité annexe, avec des vues sur la magnifique tôlière, Renata (Connie Nielsen - Gladiator), femme fatale à la coiffure crantée et à l’éclairage glamour qui n’allume que ses yeux aux moments opportuns. Vic Cavanaugh (Billy Bob Thornton - The barber) associé aux dents longues, fait le coin du bois en attendant de partir seul avec la caisse. Et Pete Van Heuten (Oliver Platt - Funny bones), âme damnée de Arglist, regarde son monde s’écrouler sous le filtre de sa soulôgraphie chronique. Tout ce microcosme attend son heure, la fin de la tempête de glace (un thème déjà bien défendu dans Un jour sans fin), pour échapper aux diverses griffes entre lesquelles il s’est glissé.

On est donc loin de la comédie facétieuse. Quelques répliques fusent de temps à autre, mais le cœur n’est pas à rire. Ramis plante une atmosphère plus bourbeuse que glaçante (on notera tout de même que pour une nuit de verglas, peu de buée s’échappe de la bouche bavarde des comédiens) dans laquelle dérape cette bande de néophytes du crime crapuleux. Le thème est plutôt classique mais la manœuvre est astucieuse et plutôt bien menée.

Je reprocherais tout de même deux choses à cette Moisson de glace. On y perçoit rapidement le manque de place, problème perpétuelle des adaptations de roman au cinéma. La perte de repères peut être fatale au spectateur, notamment sur l’identité des personnages. Si Arglist est bien ciselé, narrateur immédiat de récit, on ne distingue pas vraiment Cavanaugh, sorte de dandy mondain dont on perçoit mal les accointances avec son associé. Bizarrement, on passe presque plus de temps avec le secondaire Van Heuten, qui partage un point commun avec Arglist : son ex femme.

Et puis, plus subjectif tout de même, John Cusack. Comme à son habitude (je retire de la liste ses deux seules interprétations correctes dans Coups de feu sur Brodway de Woody Allen, et Minuit dans le jardin du bien et du mal de Clint Eastwood), Cusack est pesant, coule des regards de chien perdu, avachit sa bouche pour bien montrer combien la situation est désespérée. Cusack est parfaitement capable de plomber un film léger comme l’était Hi-fidelity de Stephen Frears, juste par goût du sur-jeu. Et dans cette redite du couple impossible qu’il formait déjà avec Thornton dans le piteux Les aiguilleurs de Mike Newell, il ne brille pas beaucoup plus.

Faux amis n’en reste pas moins un exercice de style autour du film noir assez réussit, avec une sorte de happy end pas vraiment mielleux.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Février 2006
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