Un film américain
de M. Night Shyamalan
Avec Paul Giamatti
Bryce Dallas Howard
Bob Balaban
et M.Night Shyamalan
Warner Bros - 2006 - 1h49
La
presse en général descend le dernier film du prodige
M.Night Shyamalan, responsable de Sixième Sens et de Signes.
Il est vrai que le seul personnage qui disparaît dans d’atroces
souffrances est un critique de cinéma antipathique et aigri.
Mais est-ce la raison d’un tel rejet ?
Sixième Sens avait cassé la baraque contre toute attente
! M. Night Shyamalan est devenu un habitué des histoires à
multiples rebondissements et il est vrai qu’il a un sacré
talent pour offrir à des sujets farfelus, un souci exigeant
de réalisme. Incassable fut une réflexion pragmatique
sur les super héros. Signes était une vision théologique
d’une invasion extraterrestre. Le Village, dernière galipette
scénaristique en date, en disait long sur l’Amérique
de l’après 11 septembre. Mais ce dernier long-métrage
révélait les limites de l’écriture Shyamalan.
Le temps du renouvellement s’imposait !
Pas de twist final à la fin de La Jeune fille de l’eau
! Il ne s’agit pas là d’un fantôme. Ni d’une
super héroïne. Ni d’une alien. Encore moins d’une
ermite apeurée. La jeune fille est en fait une nymphe aquatique
nommée Story. C’est ce qu’apprend le concierge
d’une résidence où la muse barbote au fond de
la piscine. L’histoire que l’on raconte aux enfants est
donc vraie et le gentil concierge va devoir gérer l’hideuse
bête qui veut dévorer la demoiselle et qui s’est
installée dans le jardin…
Il faut croire aux "bedtime stories" : tel est le naïf
message du film. Il serait plaisant si seulement Shyamalan ne souffrait
pas d’une crise de mysticisme et d’ego à faire
passer le ravi Tom Cruise pour un peureux enfant de chœur. Dans
le film, il s’offre le rôle d’un écrivain
qui va changer la face du monde avec le livre qu’est venu lui
inspirer la nymphe. Et en plus, il sera tué à cause
de son œuvre (la nymphe connaît l’avenir).
Shyamalan semblait dans un premier temps s’interroger sur le
pouvoir de la fiction, mais finalement il parle beaucoup de lui et
de ses angoisses de réalisateur à succès.
D’autant qu’il s’attarde. Certes son cinéma
est fait de lenteur, mais là, ça frise l’immobilité.
Cette histoire qu’a inventé Shyamalan pour la raconter
à ses enfants au bord du lit avant de la transposer sur grand
écran, est incohérente et mal fichue. Elle s’étire
jusqu’au déraisonnable pour faire un long-métrage.
Il noie la pauvreté de son intrigue avec des personnages bien
dessinés mais pas nécessaires.
Il y a encore des éléments pour s’accrocher comme
la mise en scène assez futée, la lumière (normal,
c’est le photographe de Wong Kar Wai) et l’interprétation
de Paul "Sideways" Giamatti. Il faut hélas, en espérant
un prochain film plus convaincant, l’avouer : La jeune fille
de l’eau s’apparente à une douche froide, pour
son auteur et surtout pour le spectateur.