Un film américain de Alfonso Cuaron
Avec Clive Owen
Claire Hope Ashitey
Julianne Moore
Pam Ferris
UIP - 2006 - 1h50
Effrayante
évocation du futur, Les fils de l’homme confirme l’immense
talent d’Alfonso Cuaron et propose une œuvre dense, désenchantée
et passionnante. Sur le thème "no future", le réalisateur
du troisième Harry Potter rappelle les vraies qualités
du cinéma d’anticipation.
Dans une vingtaine d’années, l’Angleterre sera
au bord du gouffre. Le monde s’écroule tout autour. Les
nations s’affrontent dans un conflit complexe et radical. Le
pays ferme ses frontières et renvoie (ou élimine) les
immigrés clandestins. Plus grave encore, l’humanité
souffre d’infertilité. Aucun bébé n’est
né depuis des années. Le chaos est donc total. Le gouvernement
offre même des kits suicide. Salarié usé, Théo,
revenu du militantisme est rappelé par son ex-femme car elle
a fait une découverte majeure.
Pas de voitures volantes ni de téléportation dans le
futur. Juste les mêmes problèmes qu’aujourd’hui,
en pire ! Les religions, le terrorisme, la pollution, l’immigration,
la santé, la sécurité, les inégalités,
le communautarisme… Cuaron représente l’avenir
avec un miroir grossissant.
Il retrouve ainsi la plus grande vertu de la science-fiction. Avec
une simple intrigue, Cuaron balance plus de vérités
sur l’état du monde qu’une réunion de spécialistes
à la télévision. Le résultat inquiète.
La violence est partout. Le tout sécuritaire a fini par plomber
le moral déjà mal-en-point d’une population en
mal d’enfants. Les riches s’enferment dans des tours d’ivoire
tandis que la jeunesse se rebelle avec l’énergie du désespoir.
Cuaron ne donne aucune leçon. La tentation semblait grande
et le cinéaste d’Y tu mama tambien, se limite à
un souci de narration. Cela permet au film de profiter d’une
mise en scène incroyable.
À la manière d’un documentaire de guerre, la caméra
colle au plus près de Théo (Clive Owen est décidément
le meilleur acteur actuellement) et nous fait traverser un chaos crédible
et désespérant. Le réalisateur s’offre
des plans séquences époustouflants. L’image est
délavée. Le rythme est trépidant. Le récit
est tendu par ce refus d’ellipses. Depuis Il faut sauver le
soldat Ryan, la guerre n’a jamais été aussi intense
et intolérable.
Plus proche de Soleil vert que de Star wars, Les fils de l’homme
pratique la science-fiction avec une salutaire exigence. Son propos
futuriste lui permet une grande liberté d’expression
et son réalisateur apporte une vraie crédibilité
à un genre trop souvent mésestimé !