Un film français de Bruno Dumont
Avec Samuel Boidin
Adélaïde Leroux
Henri Crétel
Jean-marie Bruveart
et David Poulain
Tadrat Films - 2006 - 1h31
Quatrième
film de Bruno Dumont et nouvel éloge (quasi) unanime de la
critique pour son tableau cru de la guerre. Justifié ou usurpé
?
Le principe est universel, en art comme dans d’autres domaines,
il existe bel et bien une "prime" à l’abscons.
Le taiseux conserve un mystère que le bavard n’aura jamais,
le taciturne une aura inimaginable pour le joyeux compagnon.
Bruno Dumont l’a bien compris qui joue depuis ses débuts
(1997 avec La vie de Jésus) la carte du "mutique qui n’en
pense pas moins". Acteurs non professionnels, action située
dans le nord de la France (dont les habitants ne sont pas réputés
pour leur faconde méridionale), thèmes sociétaux
lourds : aucun risque de gaudriole à l’horizon !
Après un film raté (parce que ne répondant pas
strictement au dogme de base ?) tourné aux Etats-Unis, Twentynine
palms en 2003, Bruno Dumont revient donc à ses premières
amours et poursuit son œuvre de"démolition / prise
de conscience". Au programme cette fois-ci : la guerre et ses
ravages.
Après nous avoir longuement (à moins que ce ne soit
lentement… ou les deux à la fois) présenté
ses protagonistes (une poignée de jeunes qui s’apprêtent
à quitter leurs fermes du Nord après avoir reçu
leur ordre de mobilisation pour une guerre jamais nommée),
il les plonge (et nous avec) dans un conflit d’autant plus atroce
qu’il est filmé avec un réalisme cru (dont on
lui sait gré, malgré tout).
Mélange d’Irak, d’Afghanistan (ou d’Algérie
!) le champ de bataille décrit par Dumont ressemble plus à
une suite de "sketches", sans grand lien les uns avec les
autres, dont l’objectif principal semble être de passer
en revue les principales "figures imposées" de l’atrocité
militaire (abattre des enfants qui ont pris les armes, abattre un
paysan qui croise la route de la petite troupe, violer une femme débusquée
dans une ferme isolée, être torturé par un groupe
de résistants, être exécuté de sang froid
pour l’exemple et être émasculé pour venger
la violée citée plus haut) et d’éliminer
un à un ses personnages principaux pour ne conserver qu’un
unique survivant.
Autant de barbarie exposée froidement et sans plus d’âme
que s’il s’agissait d’une pure formalité
désincarnée. À trop vouloir se détacher
du cinéma commercial, Bruno Dumont se détache aussi
de ses personnages pour ne livrer finalement qu’une vision totalement
déshumanisée du monde. Tant de mépris pour les
autres, à commencer par ses propres acteurs, n’en finit
pas de troubler. Encore ce parti pris pourrait-il se justifier s’il
avait le pouvoir de faire passer un message fort, ce qui n’est
évidemment pas le cas tant il peine, dans le dernier quart
d’heure, à terminer ce qu’il a laborieusement commencé
et péniblement poursuivi.
On s’interroge, dès lors sur la justification du Grand
Prix du dernier festival de Cannes... et l’on ne trouve rien
!