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LA FLEUR DU MAL

Un film français de Claude Chabrol
Avec Nathalie Baye
Benoît Magimel
Suzanne Flon
Bernard Le Coq
et Mélanie Doutey

MK2 - 2003 - 1h44
Qu’attend-on d’un vieux maître qui fait régulièrement des films depuis quarante ans ? Qu’il révolutionne la grammaire cinématographique et invente un nouveau langage ou bien qu’il fasse le mieux possible ce qu’il sait faire de mieux ? Dans le premier cas, fort rare, on fait face à un créateur. Dans le second cas, un cuisinier nous mitonne un de ses plats qui procure au palais un plaisir automatiquement identifiable. Claude Chabrol appartient à cette dernière catégorie. La fleur du mal, son dernier film, possède l’art de filmer et de raconter légèrement des évènements s’apparentant à la tragédie grecque.

François (Benoît Magimel) vient de passer quatre ans aux Etats-Unis. Il revient dans sa famille, dans le Bordelais. Son père (Bernard Le Coq) détient une pharmacie et un laboratoire qui marchent bien. Sa mère (Nathalie Baye) conseillère municipale se présente à la mairie dans l’espoir d’un avenir politique. Toute la famille vit avec Tante Line (Suzanne Flon) qui a préparé une lamproie pour le retour du fils prodigue. Ajoutons au tableau la demi-sœur de François, Michèle (Mélanie Doutey) qui nourrit pour lui de tendres sentiments. Cette famille, les Charpin-Vasseur est obnubilée par la campagne électorale dans laquelle s’illustre la mère de Michèle. Mais un tract vient remuer la fange du souvenir et accuse la famille d’agissements douteux durant l’occupation.

Dans une tragédie grecque qui se respecte, les frères couchent avec les sœurs et les intrigues succèdent aux meurtres. Nous retrouvons ce schéma ici, mais il faut y ajouter la patte Chabrol : des repas bourgeois, des demeures cossues, des acteurs et actrices qui sont à la fois des caricatures et des êtres humains complexes. Ah ! Nathalie Baye en Michèle Alliot-Marie du vignoble. Ah ! Bernard Le Coq en séducteur veule et mari agent double. Ah ! dans un second rôle, Didier Bénureau en politicien du Front National. Et puis la visite des HLM par des politiciens avant les élections est hilarante. Chabrol est à l’aise dans tous les domaines : la satire, l’ironie comme la description de la société.

Certains journaux parlent d’un petit Chabrol. Ne nous y trompons pas. Il s’agit plutôt d’un artiste doué qui fait croire qu’il nous raconte avec facilité une histoire de rien. En tout cas, le plaisir que l’on prend à se laisser prendre, règne sans partage.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Février 2003
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