Un film de Kenneth Branagh
Avec Joseph Kaiser
Benjamin Jay Davis
Amy Carson
et Rene Pape
Les Films du Losange - 2006 - 2h15
L’étrange
Noël de Mr Branagh ! Pour les fêtes, l’impétueux
réalisateur revient avec une adaptation de l’opéra
de Mozart. Comme d’habitude, le cinéaste déverse
son incroyable énergie pour défendre une vision atypique
de l’œuvre lyrique.
Ce n'est pas une surprise : la critique pilonne le nouveau film de
Kenneth Branagh. Il s'en est pris à deux monuments : Mozart
et Bergman. Difficile de passer derrière l'adaptation de La
flûte enchantée par le cinéaste suédois.
Le comédien devait s'en douter : les deux sont intouchables
et il ne doit pas être surpris de l'agacement qu'il suscite.
D'autant qu'il a fait tout ce qu’il faut pour être accusé
d'hérétique de la culture.
Avec le génial Stephen Fry à l'écriture, Branagh
a remodelé La flûte enchantée. Il s'est permis
un petit remontage pour une lecture moderne et culottée de
l'opéra. Pire encore, il a tout traduit en anglais. Il a aussi
déplacé dans un temps qui ressemble à celui de
la première guerre mondiale. Bref, il fait tout de travers
et s'en réjouit.
Car l'acteur réalisateur est un enthousiaste. Cela se ressent
dans sa mise en scène. Spécialiste de Shakespeare (il
faut voir son improbable Hamlet de quatre heures), Branagh aime l'emphase
et l'outrance. La demi-mesure n'existe pas dans son cinéma.
Il applique ses idées sans aucune retenue. Cela donne donc
des scènes grotesques ou des moments d'une grâce étonnante.
Dans La flûte enchantée, il nous ravit et aussitôt
il nous agace avec des idées pour la plupart bizarres. La plus
grave reste le saccage harrypotterien de l'air de la Reine de la nuit.
Et d'un autre côté, avec ses effets grandiloquents, il
rend hommage à la force de la musique.
Kenneth Branagh passe l'oeuvre à la moulinette avec une fougue
impertinente. Hélas, cette énergie part dans tous les
sens. Il se plait beaucoup à infiltrer des idées saugrenues,
mais ne maintient pas le rythme. Son nouveau film déborde de
partout mais ne captive pas le spectateur. Branagh semble s'amuser
tout seul.
La flûte enchantée nouvelle version possède donc
un nouveau pouvoir : la somnolence.