Un film français de Laurent Achard
Avec Julien Cochelin
Pascal Cervo
et Annie Cordy
Ad Vitam - 2007 - 1h36
Martin
se tient immobile dans l'angle du couloir. Immobile dans l'ombre.
Immobile derrière les murs. En bas de l'escalier. Dans l'encoignure
des portes. Au fond de la cour. En haut de la grange. Immobile et
silencieux. Les yeux écarquillés. Le souffle court.
Martin guette. Fouille de son regard le monde qui l'entoure. Tente
de percer l'obscure composition de sa famille.
Il lui faudrait des mots. Pour expliquer sa mère enfermée
à l'étage, une mère malade qui hurle et refuse
de le voir. D'autres pour dire la violence, celle des gestes, des
étreintes, des dialogues. Celle aussi qui s'abat sur les animaux
qu'il aime, sur son frère qu'il vénère. D'autres
encore pour articuler sa filiation, devenir le fils de ce père
brisé, dirigé par une mère toute puissante.
Mais les mots sont absents et Martin s'affole.
Il a sans doute une place dans cette famille, mais laquelle ?
Devant tant de folie et d'indicible, le réalisateur choisit
de ne voir que par les yeux de Martin. Le réalisateur, Laurent
Achard, qui a su apprivoiser le roman et les personnages de Timothy
Findley.
Nous devenons Martin. Nous sommes peu à peu étouffés
par les mystères, les terreurs, les gestes suspendus, les scènes
qui se dérobent, les mots tus.
Aucune musique . Mais le silence criblé de questions de Martin,
les bruits de la ferme. Imposante et délabrée, filmée
comme un organisme vivant, elle s'effrite, se délabre, se démembre.
Couverte de pustules, fendue par les lézardes, ruine plantée
au milieu de l'écran. Elle est la peau dévorée
de cette famille foudroyée.
Et si les moments de grâce existent, avec Malika, faiseuse de
gâteaux, d'amour et d'histoires, avec Dickens et David Copperfield,
ils seront impuissants à retenir la quête de Martin.
Alors Martin donnera sa réponse.