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GANGS OF NEW YORK

Un film américain de Martin Scorsese
Avec Leonardo Di Caprio
Daniel Day Lewis
et Cameron Diaz

SND - 2003 - 2h50
Film événement de la semaine, l’une des plus grandes fresques historiques de l’année, aboutissement de trente ans de maturation dans la tête du réalisateur, autrement dit le rêve de toute une vie... Le style hyperbolique est de rigueur pour Gangs of New York, le dernier film de Martin Scorsese (tenez-vous bien, on a même entendu parler de "monument cinématographique" de la bouche d’un chroniqueur pas quelconque : de quoi vous donner la chair de poule avant même d’avoir vu le générique de début). Quel est donc ce monstre du septième art qui a fait son entrée le 8 janvier dans les salles ?

Pour commencer, Gangs of New York est effectivement un document historique, puisqu’il retrace l’histoire de New York au XIXe siècle, ville qui est à l’époque le théâtre d’une guerre des gangs plus que barbare, notamment dans le quartier de Five Points. D’ailleurs les moins de 12 ans sont priés d’aller manger leur pop corn dehors, ce qui ne signifie pas que les plus de 12 ans se délecteront des coups de hache entre les omoplates, mais il faut bien fixer un âge de maturité devant le sanguinolent. C’est donc là, en 1862, qu’arrive Amsterdam (Leonardo Di Caprio), jeune homme issu d’une famille d’immigrés irlandais comme il en débarque des milliers à New York. Il revient 16 ans après l’affrontement légendaire des "Lapins morts" contre les "Natifs", où il a vu son père périr sous la lame plus que tranchante de William Cutting (Daniel Day Lewis), celui qui s’est ensuite imposé - à la force du couteau si l’on peut dire - comme chef de Five Points, et boucher à ses heures.

Dans ce melting pot étonnant où cohabitent des dizaines de bandes soumises aux lois de "Bill le Boucher", nul n’irait se préoccuper de la guerre de Sécession qui vient d’éclater. Ainsi lorsque des envoyés de l’Union osent venir chercher des conscrits pour se battre au nom de l’abolition de l’esclavage, dont franchement on n’a que faire à Five Points, on les abat, tout simplement.

Gangs of New York est également un drame, à travers l’histoire d’Amsterdam, qui n’est pas revenu incognito pour fanfaronner autour du Boucher, mais bien pour venger son père. Accessoirement il se laisse charmer par Jenny Everdeane (Cameron Diaz), reine du pickpocket, mais d’une grâce telle qu’elle jurerait presque au milieu de ce quartier d’apprentis charcutiers sans scrupules.

Enfin, au cas où cela n’aurait pas encore transparu dans ce texte, Gangs of New York est un film d’action et le combat des deux bandes rivales, au début, en est le plus bel exemple, mis en scène avec talent et d’un réalisme frappant (c’est le mot). Cette scène si réussie fait, en revanche, un peu d’ombre aux scènes d’affrontement qui suivent, particulièrement la dernière, dans la fumée, qui tourne au chaos aussi bien pour les combattants que pour le spectateur, et où, par exemple, les giclées de sang mériteraient un peu plus de coagulant pour faire moins comique.

Les acteurs n’en perdent pas pour autant leur sérieux et tiennent d’ailleurs brillamment leur rôle, particulièrement Daniel Day Lewis qui semble vraiment avoir l’art de la boucherie dans la peau, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

On termine sur une vue de la New York actuelle ou presque, où nul n’aura manqué d’apercevoir les Twin Towers se dresser au-dessus de Manhattan. Patriotisme à l’américaine peu à notre goût diront certains, ou hommage tout simple, au nom de tant d’autres, d’un New Yorkais à sa ville. Quoi que l’on en pense, on est en tout cas heureux de faire mentir le héros sur ses derniers propos : la postérité n’aura finalement pas oublié ceux qui ont fait l’histoire de New York. Merci Scorsese.


Fabienne Simon-Jean
© Jowebzine.com - Janvier 2003
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