Untitled Document
 

     CiNéMa
 
GHOST WORLD
   
Un film américain de Terri Zwigoff
 Avec Thora Birch
Scarlett Johansson
et Steve Buscemi
 
Mars Films – 2002
Ghost World est le meilleur film sur l’adolescence depuis Virgin suicide de Sofia Coppola. Plus exactement, il traite de ce moment, où les jeunes gens quittent le collège et entrent à l’université. Ce moment où, soit l’on passe d’un cocon à l’autre, soit l’on rentre dans la vie active, soit l’on ne s’insère nulle part.

Enid (Thora Birch, vue dans American beauty) et Rebecca (Scarlett Johannsson vue dans The barber) jettent un regard caustique sur le monde qui les entoure. Il faut dire qu’il y a de quoi : les adolescents sont survoltés ou atones. Les parents parlent à leurs enfants sans les écouter ni chercher à les comprendre. Plus que jamais, l’Amérique ressemble à un grand parking regorgeant d’obèses amorphes.

Enid et Rebecca sont amies. Elles projettent de louer un appartement ensemble. Mais Rebecca obtient un job d’été et insensiblement elle s’éloigne d’Enid. Celle-ci se rapproche de Seymour, un vieux garçon qui passe sa vie à collectionner des vieux 78 tours de jazz et de blues. Au début, elle s’est moquée de lui, mais elle comprend très vite qu’il n’est pas si ringard que ça ou tout du moins qu’il assume sa condition de ringard. Seymour est interprété par Steve Buscemi qui n’a pas besoin d’en faire beaucoup pour être un grand acteur.

Enid n’a pas sa place dans ce monde de fantômes où chacun est à sa place. Physiquement, elle est rondelette. Moralement, elle est artiste et dessine des portraits qui ressemblent à du Robert Crumb. Ce film sera pour elle une traversée des apparences.

Chaque plan du film est cadré comme un tableau. Les scènes sont filmées sans effet. Un des thèmes du film est la réflexion sur ce qu’est l’art et quel type d’art a les faveurs du public et de l’intelligentsia. Eh bien croyez-moi, Terry Zwigoff, le réalisateur, illustre son propos sans jamais être chiant ou prétentieux.

Comme dans Virgin suicide, que j’évoquais précédemment, ce film est poétique. Qu’est-ce que la poésie, me direz-vous ? C’est choisir une image, tellement forte qu’elle en devient une métaphore. Il y a dans Ghost world des images magnifiques qui vont vous hanter pour longtemps.

Il y a aussi un humour à froid qui est un régal. Conclusion : drôle, émouvant, majeur. Ne laissez pas ce film disparaître des salles. Sinon, vous devrez attendre six mois et vous rattraper sur le DVD. Elle est pas belle la société de consommation ?


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Juin 2002
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés