Un film américain de Miguel Arteta
Avec Jennifer Aniston
Jake Gyllenhaal
Zooey Deschanel
et John C. Reilly
Mars Distribution - 2003 - 1h33
Justine
travaille au rayon maquillage d’un supermarché au fin
fond du Texas, qui ferait passer le moindre Franprix pour un monde
merveilleux peuplé de personnes charismatiques. Elle est mariée
à un peintre en bâtiments qui passe le plus clair de
son temps à fumer de l’herbe avec son associé.
Il se dégage de leur vie une impression au mieux de tristesse,
au pire d’ennui terrible et ravageur.
Voilà planté le décor de The good girl, premier
film d’un cinéaste indépendant, Miguel Arteta,
qui a réalisé quelques épisodes de la série
Six Feet Under (série passant sur la chaîne câblée
américaine HBO et écrite par le scénariste d’American
Beauty, Alan Ball). Le spectateur comprend rapidement qu’il
n’est pas là pour se marrer et qu’il n’assistera
pas à une comédie pétillante et légère,
malgré la présence de Jennifer Aniston, la séduisante
Rachel de la série Friends.
Il faut parler de Jennifer Aniston car elle porte littéralement
le film sur ses épaules. Elle incarne une femme de trente ans,
qui essaie d’avoir un enfant avec son mari sans y arriver. Une
boule de ressentiment, de haine par rapport à ce qu’elle
est devenue et par rapport au monde qui l’entoure. Justine a
les cheveux décolorés, mi-longs. Elle porte jean, baskets
et tee-shirt. Son visage est la plupart du temps fermé, voire
hostile. Elle fait la connaissance d’un jeune homme de 22 ans,
qui écrit des nouvelles névrotiques ayant toutes le
même sujet. Ce jeune homme tombe amoureux d’elle et elle
ne tarde pas à succomber à ses avances. L’amour
dans la réserve d’un supermarché, quel romantisme
!
Il faut avouer que le début du film peut faire peur. On nage
en plein naturalisme. C’est même fou de constater qu’une
formidable description de l’ennui peut générer
chez le spectateur autant d’ennui. Mais si le spectateur surmonte
cette impression, il constatera qu’à un moment le film
décolle.
Effectivement, Miguel Arteta est arrivé à réaliser
une version moderne de Madame Bovary, un film sur les chances données
aux gens qui n’ont pas de chance. Un film qui nous montre une
Amérique à la fois obsédée par Dieu et
terriblement matérialiste, folle de cul et incapable d’amour.
Si vous voulez savoir pourquoi Jennifer Aniston a plus de talent que
l’autre Jennifer ("bimbo" Lopez), si vous voulez retrouver
des seconds rôles attachants (John C. Reilly, vu dans Magnolia
ou Tim Blake Nelson, vu dans O’ Brother), si vous vous demandez
comment faire pour changer de vie, allez voir ce film et n’oubliez
pas, mes frères et sœurs, cette leçon : le temps
d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard.