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     CiNéMa
 
LES FRERES GRIMM

Un film américain de Terry Gilliam
Avec Matt Damon
Heath Ledger
Jonathan Pryce
Monica Bellucci
et Peter Stormare

Metropolitan FilmExport - 2005 - 1h59
Les frères Grimm : Jacob écrit les contes, Will manage pour que l’imagination de son frangin rapporte. À eux d’eux, ils voyagent de villes fortifiées en bled à douves, porteurs d’un combat salvateur et bénéfique : la chasse aux sorcières. L’affaire est simple : secrètement accompagnés de deux acolytes, ils mettent en scène l’élimination spectaculaire de prétendues sorcières avec force artifices et armures clinquantes, puis, héros magnifiques, ils passent à la caisse. Fausses gloires enrichissantes. Jusqu’au jour où l’armée napoléonienne se dresse sur leur passage et les oblige à virer une vraie sorcière, bien dure et bien pourrie.

Au vue des œuvres complètes de Terry Gilliam, il n’y a aucun problème à affirmer ici, au sein d’un site culturel indépendant, que Les frères Grimm est le plus mauvais film jamais pondu par l’un des meilleurs réalisateurs du globe. Blockbuster miséreux, ce film à l’usage des bouffeurs de pop-corn a au moins l’avantage cynique de faire se répondre son sujet et la situation de Gilliam. Après des années de succès d’estime forçant le respect hollywoodien, le voici soumis à la dure loi des studios de Burbank, où on lui demande d’user de ses dons pour un produit bien plus dangereux que ses précédentes frasques.

On tolérera du bout des yeux ce manquement, cette résignation et la tentative d’un auteur de faire en sorte qu’au moins une moitié de son film ressemble à ses capacités. La première partie des Frères Grimm semble en effet être la seule qui porte un peu le paraphe de Gilliam : thématique du monstre de chiffon terrifiant des personnages coincés dans leurs certitudes, héros de papier revêtant des armures en carton où brillent quelques magnifiques pièces d’aluminium, verroterie sublime d’un cinéma grandiloquent où se reflètent à jamais les images de l’introduction coûteuse du Sens de la vie. Rien à dire, entre autres, sur le casting de la première partie puisque Matt Damon, acteur banquable à merci, permet à Gilliam de piocher habilement dans le génie de Jonathan Pryce (Brazil) et la dinguerie de Peter Stormare (Fargo).

Mais, passée la première heure, voici la vraie sorcière : la franco-transalpine Monica Bellucci et son gloss à lèvres. Et l’histoire vrille. Les héros font alors des allers-retours invraisemblables entre la forêt magique et le village maudit, se perdent et nous égarent entre les arbres mobiles et la légende locale, empruntent aux mythes sans jamais rien en rendre (petit chaperon rouge et poucet kidnappés par un loup-garou de synthèse anecdotique au possible, crapaud comestible avec GPS intégré, miroir enchanté, et consort) et pillent un imaginaire poussiéreux dont on se relève en disant "même pas peur !".

Non, Gilliam n’a pas eu le final cut. Mais qu’est-ce qu’on s’imagine ? Il ne faut pas confondre faire un film et payer ses impôts. Le final cut ne se mérite plus, la voilà la véritable morale. Trop heureux, Hollywood, de faire mordre la poussière à quelques-uns de ses fils prodigue les plus retors. Gilliam n’a pas gagné ce soir. Lui qui avait fait de l’échec du Don Quichotte un documentaire miraculeux sur le monde de l’image et ses déficiences financières, vient de se prendre la manivelle dans les gencives. Dommage ? Non. Bien fait ? Certainement pas. Ça lui apprendra ? Peut-être.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Octobre 2005
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