Un film américain de Michael Winterbottom
Avec Riz Ahmed
Steven Beckingham
Christopher Fosh
CTV International - 2006 - 1h35
Quand
le cinéma est intelligent, il produit des films qui, comme
The road to Guantanamo, éclairent l'actualité plus sûrement
et plus efficacement que tous les journaux télévisés
du monde.
Plutôt qu'un film sur le terrorisme, l'islamisme radical ou
la guerre en Afghanistan, The road to Gantanamo est le récit
réaliste d'une histoire ordinaire. Celle de trois amis, jeunes
"Pakis" de la banlieue de Birmingham qui accompagnent leur
copain à Karachi où il va se marier.
Pourtant, les choses se compliquent quand, moitié par jeu,
moitié par goût de l'aventure, ils se retrouvent embarqués
dans une sorte de fuite en avant qui va les mener vers la frontière
afghane puis au cœur de la tourmente qui se déchaîne
en 2001 sur Kaboul : la guerre entre Taliban et Américains
fait rage et nos quatre compères, sans jamais avoir touché
une arme, se retrouvent entre les mains des marines…
Dès lors, ressortissants britanniques capturés au sein
des forces ennemies, ils subiront toute la panoplie répressive
mise en place par l'armée et les services spéciaux alliés
: interrogatoires musclés, isolement, tortures physiques et
psychologiques, maltraitance et transfert à Guatanamo pour
plus de deux ans d'isolement total.
Inspiré directement d'une histoire vraie, The road to Guantanamo
est traité par Michael Winterbottom comme un véritable
documentaire dont la pertinence et la force ébranlent fortement
le spectateur. Caméra à l'épaule, sans jamais
rechercher l'effet cinématographique ni la belle photo, il
nous entraîne dans le sillage d'Asif Iqbal, de Ruhel Ahmed,
de Shafiq Rasul et de Monir Ali pour un véritable road-movie
infernal dont les quatre copains ne maîtrisent rien (pas même
la langue) et qui les conduira jusque dans l'enfer du centre de détention
illégal de Guantanamo Bay.
Surtout, Michael Winterbottom ne perd jamais de vue la crédibilité
de son propos et se refuse à transformer ses protagonistes
en victimes innocentes. Ses "héros" n'ont rien d'angéliques,
leur passé de petits délinquants n'est pas occulté…
ni leur choix, après quatre ans de cauchemar, d'un islamisme
plus engagé.
On ne manquera donc pas de saluer ce film et ce réalisateur
pour avoir su nous offrir avec autant d'honnêteté et
de talent un film intelligent, clé essentielle pour la compréhension
de notre époque.