Un film anglais de Stephen Frears
Avec Judi Dench
Bob Hoskins
Will Young
Christopher Guest
et Kelly Reilly
Pathé Distribution - 2006 - 1h45
Comment
une dame de 70 ans a-t-elle produit le premier spectacle de nu féminin
dans l’Angleterre guindée des années 1930…
Stephen Frears nous livre un bijou d’élégance
et d’ironie.
Tous les films n’ont pas vocation à révolutionner
le monde. Certains permettent à ceux qui les voient d’être
passagèrement réconfortés, d’avoir du baume
au cœur. Madame Henderson présente, fait partie de cette
catégorie.
Au début du film, on a l’impression trompeuse de se trouver
dans une reconstitution de l’Angleterre des années 30
qui fait penser à James Ivory. Madame Henderson enterre son
mari qui a eu la malencontreuse initiative de mourir avant elle, la
laissant veuve et très riche.
Madame Henderson interprétée par Judi Dench est un personnage
atypique, une femme qui obéit à ses instincts et se
moque du qu’en-dira-t-on. Plutôt que de se lancer dans
des travaux d’aiguille à tricoter ou de s’enfermer
dans des œuvres caritatives, elle décide d’acheter
un théâtre, d’y monter une revue et enfin d’y
dévoiler des femmes dans leur plus simple appareil.
Tiré de faits réels, ce film fait revivre le Londres
de 1937 à 1942 et le monde du spectacle. Car dès que
les répétitions commencent et que la revue se met en
place, le réalisateur Stephen Frears délaisse son inspiration
Maisons et Jardins pour un hommage au spectacle vivant qui rappelle
à la fois Stanley Donen, Vincente Minelli et François
Truffaut.
Est-ce la musique entraînante des années 30 où
la romance se mêle au jazz ? Est-ce l’atmosphère
de troupe, les répétitions, les chorégraphies
? En tout cas, sans que l’on s’en rende bien compte, on
est emporté par le rythme du film et dans nos yeux grands ouverts,
la joie côtoie la mélancolie.
Un couple retient notre attention, il s’agit de Judi Dench et
de Bob Hoskins qui joue Vivian Van Damme, le directeur du théâtre.
Leurs rapports sont calqués sur ce que la comédie américaine
sait faire de mieux. Imaginez Cary Grant à 60 ans et Katherine
Hepburn à 70 ans. Ces deux-là s’adorent, mais
ils préféreraient être hachés menus que
de l’avouer.
N’allez cependant pas croire que Madame Henderson présente,
est une bonne grosse comédie où l’on se tape sur
les cuisses. Madame Henderson comme Viivian Van Damme cachent tous
deux des secrets douloureux qui lestent le film d’un poids de
gravité. Et l’intrusion de la seconde guerre mondiale
dans la dernière partie du film va rouvrir bien des plaies.
Si vous aimez l’art, les personnages qui ont du caractère
et une mise en scène brillante, vous aimerez ce film qui illustre
à merveille le credo suivant : the show must go on. Que le
spectacle continue.
Question subsidiaire : Stephen Frears a-t-il fait un mauvais film
dans sa carrière ?