Un fim américain de Woody Allen
Avec Woody Allen
Tea Leoni
Treat Williams
et Mark Rydell
Dreamworks - 2002 - 1h50
Cette
année, Noël a lieu en mai. Nous pouvons voir sur nos écrans
le dernier Woody Allen, Hollywood ending, alors que depuis vingt ans,
nous découvrions son dernier opus au mois de décembre.
Ça na lair de rien. Et pourtant, voir une comédie
enlevée aux dialogues brillants, une comédie romantique
new-yorkaise comme seul Woody sait les tourner, sortir du cinéma
et voir le ciel bleu, les femmes et les hommes en tenue légère,
cela amène un bonheur supplémentaire.
Dans ce film, Woody Allen interprète le rôle de Val Waxman,
un réalisateur exigeant autrefois auréolé de
succès, mais qui na rien tourné de valable depuis
dix ans. Son ex-femme qui vit avec un producteur californien, avec
qui elle va se marier, lui propose de tourner un film qui relancerait
sa carrière. Il accepte mais deux jours avant le tournage,
il devient aveugle. Son agent va laider afin que personne ne
remarque sa cécité.
Voilà donc le point de départ dun film qui dure
une heure cinquante et dans lequel Woody se laisse totalement aller
au plaisir de raconter une histoire et de la jouer. On avait déjà
remarqué avec Le
sortilège du scorpion de jade, son précédent
film, quil était en forme. Mais cette fois, en plus,
laction se passe dans un milieu quil connaît bien
: celui du cinéma.
Et tout y passe : du producteur qui avoue que désormais la
sortie dun film en vidéo ou DVD est plus importante que
sa sortie en salle au snobisme qui consiste à prendre un chef-opérateur
chinois, en passant par lactrice principale du film qui tombe
amoureuse de son metteur en scène. Quant aux actrices, décidément
Allen sait y faire. Tea Leoni qui joue le rôle de lex-femme
est une merveille de subtilité. Elle rappelle la Diane Keaton
de la grande époque, élégante et douce dans son
jeu. Debra Messing, qui interprète la petite amie actuelle
de Val Waxman, dresse le portrait irrésistible dune ravissante
idiote centrée sur elle-même. Et Mark Rydell (réalisateur
de The Rose avec Bette Middler) est très drôle dans le
rôle de lagent.
Hollywood ending est un film dans lequel on rit beaucoup, parfois
même on éclate de rire. Les réparties sont cinglantes.
Cependant, quelquun daveugle dans le monde de limage,
du cadre et des apparences, cest justement quelquun qui
traverse les apparences. Et une bonne part du plaisir pris au film
vient du fait que ce qui nous amuse peut aussi nous donner matière
à réfléchir. Jentends beaucoup de gens
dire comme la marionnette des Guignols de Francis Cabrel : Woody Allen,
cétait mieux avant. Ce sont les mêmes qui lui reprochaient
de faire des films ambitieux dans les années 80. Ils sont carrément
méchants, jamais contents (ah non, ça cest Souchon).
Alors, contentons-nous dêtre heureux que depuis trois
films, Woody se laisse à nouveau aller au plaisir de trousser
des comédies inégalables !