Un film coréen de Bong Joon-ho
Avec Song Kang-ho
Park Hae-il
et Byeon Hie-bong
Ocean Films - 2006 - 1h58
Révélation
de la dernière Quinzaine des Réalisateurs, The host
confirme le talent singulier du coréen Bong Joon-ho. Après
l’excellent Memories of murder, le cinéaste se confronte
à un genre typiquement asiatique : le film de monstre géant.
Pour le spectateur occidental, The host ne ressemble à rien
de connu ou déjà vu. Unique !
La première scène prêterait à rire : un
médecin militaire américain somme un assistant coréen
de verser des produits toxiques dans une rivière. Dans un labo
crasseux, le méchant américain et l’innocent coréen
semblent échapper d’une série Z fauchée.
Ceux qui connaissent Memories of murder savent que Bong Joon-ho aime
surprendre. Son introduction cheap lui permet de détourner
les conventions du film de monstre. Dans les nombreux Godzilla, l’Amérique
et la pollution étaient déjà les responsables
des désastres à venir. En une scène, le réalisateur
rassemble les clichés et passe vite à autre chose.
Car The host n’est pas un film catastrophe avec son lot de destruction
de maquettes et monstre titanesque. La bestiole est une sorte de dinosaure
maritime gros comme un éléphant. Bong Joon-ho la filme
sans grandiloquence. La première fois qu’elle apparaît,
on la remarque à peine et surtout, elle provoque le rire plutôt
que l’effroi.
Bong Joon-ho jongle avec l’humour et l’angoisse. Habilement,
il déplace les effets. Le monstre fait nettement moins peur
que les réactions de l’état coréen. Certes,
il est visqueux et assez redoutable pour avaler ses victimes. Cependant,
le plus inquiétant c’est la réaction de la population
et des autorités.
Memories of murder racontait les coulisses d’une enquête
loupée. The host observe le fossé creusé entre
le peuple et ses dirigeants. Le constat est affligeant. La légèreté
du sujet cache un profond désespoir. Certaines scènes
retrouvent la force évocatrice et symbolique du film de Spielberg,
La guerre des mondes. En suivant une famille de branquignols à
la recherche d’une nièce kidnappée par le monstre,
The host s’échappe en permanence des conventions plutôt
risibles. Le film enterre la saga Godzilla ou la tortue volante Gaméra.
Bong Joon-ho prend à contre-pied sans arrêt un spectateur
envoûté. Il y a de l’humour, de l’action,
du grotesque, de l’indignation, de la politique, et surtout
de l’émotion sur les deux heures de métrage.
Inhabituel, passionnant, spirituel, débridé… Bref
vous l’aurez compris : The host est un objet cinématographique
non identifié !