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L’ICEBERG

Un film belge de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy
Avec Dominque Abel
Philippe Martz
Ophélie Rousseau
et Robin Goupil

MK2 Distribution - 2006 - 1h24
Au début du film, une esquimaude nous apprend qu’elle est la dernière à parler une langue qui disparaîtra avec elle. L’iceberg est un film drôle et presque muet qui, lui aussi, parle une langue inconnue.


Face aux productions bien calibrées destinées à ramasser en un temps record un maximum d’argent, il est bon de temps à autre de voir un film qui ne ressemble à rien de connu. L’iceberg, co-réalisé par Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy est de ceux-là.

Dominique Abel et Fiona Gordon sont connus des amateurs de théâtre et de spectacle pour leur duo Abel et Gordon. Ils sont nés tous deux en 1957, se sont rencontrés à Paris, dans un cours de théâtre et ont réalisé depuis le milieu des années 1990, des courts-métrages qui ont beaucoup circulé dans les festivals.

Il est étonnant, atypique et somme toute joyeux de voir des presque quinquagénaires, réaliser leur premier film. Un film qui ressemble à une pièce de théâtre en ceci qu’il met au point un dispositif.

Le dispositif est le suivant. Chaque scène est tournée en plan fixe. Et, à l’intérieur de ce plan, les personnages se déplacent avec un sens de l’espace et du comique. Il faut voir ce film en salle car l’écran de cinéma se transforme en une case de dessin qui s’anime. Il y a un premier plan bien sûr, mais il y a aussi un arrière-plan auquel l’œil est sensible.

Cela étant, le spectateur doit être attentif. Il doit entrer dans le film qui possède sa propre temporalité un peu lente. Le spectateur des Bronzés ou de Jean-Claude Van Damme risque d’être surpris par la torpeur qui l’envahit. Mais L’iceberg nous prouve qu’on peut être assez actif dans un rêve éveillé.

Fiona est une femme mariée, mère de deux enfants, qui travaille dans un fast-food. Une nuit, à la fermeture et par inattention, elle se retrouve emprisonnée dans la chambre froide. Elle en sortira le lendemain matin mais sa vie ne sera plus jamais la même. Elle se découvre attirée par tout ce qui est froid et décide de quitter sa famille, son quotidien, pour partir à l’aventure.

Poursuivie par son mari, qui ne se résigne pas à être abandonné, Fiona décidera de prendre la mer avec René, un marin sourd et muet. Le bateau, appelé Le Titanique, finira-t-il par croiser un iceberg ? En tout cas, Fiona le souhaite de toutes ses forces.

Les critiques apparentent ce film à Jacques Tati ou à Buster Keaton. Ils ont raison et en même temps nous sommes sensibles à un effet de surprise. Par exemple, lorsque le mari lit un livre le soir, il baille en même temps. Il baille la bouche ouverte et quasi déformée. Et nous nous demandons quand il arrêtera de bailler. Si nous acceptons le temps étiré comme un chewing-gum longtemps mâché, alors, nul doute que nous découvrirons dans ce film des merveilles de cocasserie et de subtilité.

Chacun cherche son chat disait l’autre. Bien peu trouvent en prime un iceberg.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Avril 2006
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