Un film américain de Jim Sheridan
Avec Samantha Morton
Paddy Considine
et Djimon Hounsou
UFD - 2004 - 1h46
Si
vous ne devez voir qu'un film cette semaine, choisissez In America.
Vous rirez, vous pleurerez et surtout vous sortirez de la salle
un peu plus heureux et un peu meilleur !
Si Johnny, Sarah et leurs deux fillettes, Christy et Ariel,
quittent l'Irlande pour l'Amérique, c'est pour laisser
derrière eux un passé qu'ils préfèrent
oublier. En l'occurrence, la mort de leur jeune fils (et frère).
Mais débarquer à New York pour tenter sa chance
dans une nouvelle vie ne va pas sans difficultés : logement
insalubre, petits boulots, éducation des enfants…
C'est la chronique de leur première année passée
dans la grosse pomme que Jim Sheridan filme avec tendresse et
talent.
Sur une idée de départ aussi "larmoyante",
il aurait pu être tentant, pour un autre metteur en scène,
de filmer un mélo sirupeux jouant sans scrupule sur la
sensibilité des petites filles et les malheurs de la
famille. Au contraire, Jim Sheridan reste toujours du bon côté
de la ligne invisible séparant le bon goût du mauvais.
Il faut dire qu'en s'inspirant de l'histoire de ses parents
et en co-signant le scénario avec ses propres filles,
Naomi et Kirsten, le réalisateur de My left foot a mis
toutes les chances de son côté pour déjouer
les pièges évidents de ce type de sujet.
Il nous livre donc un film qui fait se côtoyer la réalité
la plus dure, celle des parents qui doivent subvenir aux besoins
du foyer, et la poésie la plus tendre, celle des fillettes
transformant leur quartier en terrain de jeu. Inoubliables Christy
et Ariel interprétées par Sarah et Emma Bolger,
enfants époustouflantes de talent et de naturel qui éclairent
le film comme rarement des acteurs sont capables de le faire.
C'est bien simple, s'il n'y avait qu'une seule raison d'aller
voir In America, ce serait celle d'avoir le bonheur de rire
et de pleurer avec les deux extraordinaires petites filles !
Mais fort heureusement, il y a des dizaines d'autres raisons
de se déplacer pour ce film empreint d'amour et de magie
: le camescope omniprésent de Christy, la peluche de
E.T. si chère à Ariel, la rencontre avec Mateo,
le climatiseur d'occasion, le glacier au pied de l'immeuble,
les bonbons au citron qui font respirer, etc.
Décidément, In America mérite mieux que
le silence qui l'entoure et le peu de salles qui le diffusent
(seulement 10 à Paris). Mais gageons que le bouche à
oreille permettra à ce petit bijou de franchir le cap
de la première semaine et de trouver son public, celui
des spectateurs qui ont envie d'un cinéma humain et émouvant,
mais sans édulcorants, agents de saveurs et autres violons
sirupeux. Merci Mr Sheridan !