Un film américain de Philip Kaufman
Avec Ashley Judd
Samuel L. Jackson
et Andy Garcia
SND - 2004 - 1h51
Un
film de plus répondant au rigoureux cahier des charges
habituel : faire en sorte que le personnage le plus insoupçonnable
s'avère être finalement le criminel que tout le
monde recherche… Prévisible.
C'est le talent particulier du cinéma américain
que de classer ses films dans des catégories très
précisément codifiées et, à l'intérieur
de ces catégories, de remettre inlassablement le couvert…
en introduisant chaque fois la petite nuance qui fait toute
la différence.
Avec Instincts meurtriers, on est au cœur de la catégorie
"Film policier avec des meurtres commis par un dangereux
criminel qui s'avère être celui que l'on soupçonnait
le moins". Je vous entends d'ici vous exclamer : "Ah
oui, j'lai déjà vu, celui-là !" Oh
que oui, vous l'avez déjà vu. Des dizaines de
fois, même. Et ça n'empêche pourtant pas
des producteurs de repiquer au truc, des scénaristes
de photocopier à nouveau le scénario original
(qui finit par tomber en lambeaux), des acteurs d'endosser à
leur tour des costards élimés aux manches à
force d'avoir été portés par d'autres avant
eux (faut bien manger) et des spectateurs de lacher quelques
euros pour revoir inlassablement une histoire qu'ils connaissent
par cœur…
Doù la question qui arrive inévitablement à
ce stade de l'article : pourquoi ?
Pour deux raisons principales (et une troisième accessoire,
si le responsable du casting a bien fait son boulot).
Première raison : le plaisir enfantin de se faire raconter
une enième fois la même histoire. Bien calé
au fond de son fauteuil, le paquet de pop corn dans une main
et le coca dans l'autre, on peut régresser confortablement
dans une intrigue dont on connaît à l'avance le
déroulement, les rebondissements, les traquenards et
le happy end.
Deuxième raison : la "petite nuance" évoquée
plus haut. Ici, une enquêtrice ambiguë aux mœurs
un peu troubles : les conséquences d'une enfance traumatisée
par la mort violente de ses parents. Autant dire que quand ses
rencontres de hasards sont tour à tour sauvagement assassinées,
les soupçons se portent rapidement sur elle (mais ça
n'est pas elle puisque je vous rappelle que le méchant…
c'est le gentil !)
Troisième raison (éventuelle) : un casting réussi.
Pour Instincts meurtriers, disons que le bon cotoie le moins
bon et que pour le charme (un peu malmené) d'une Ashley
Judd androgyne, il faut supporter le sourire d'endive trop cuite
d'un Andy Garcia bedonnant, et le service minimum d'un Samuel
L. Jackson vieillissant.
Rien d'exceptionnel donc (ni de déshonorant non plus,
d'ailleurs) dans le nouveau film de Philip Kaufman (même
si l'on est à des années-lumière de L'étoffe
des héros), juste un film de plus...