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L'AMOUR A MORT
Un film noir de Jane Campion qui lâche Meg Ryan dans
un thriller psychologique, entre quête de l'homme idéal
et serial-killer sociopathe.
Une femme est assassinée puis décapitée
une nuit sous les fenêtres de Frannie qui n’a
rien vu, rien entendu. Dépêché sur l’affaire
l’inspecteur Malloy va s’intéresser de
très près à cette Frannie, professeur
d’anglais célibataire et pré-quadragénaire,
capable d’une grande dépendance sexuelle.
La finesse en plus, Jane Campion pourrait être comparée
à une sorte de Catherine Breillat de langue anglaise.
La finesse en plus, je répète à dessein
: au moins, chez la néo-zélandaise, on trouve
encore quelques hommes à sauver.
La recette a parfaitement marché par le passé,
Jane Campion récidive donc, choisit l’une des
actrices les plus glamours d’Hollywood, l’envoie
chez le coiffeur et chez l’oculiste, d’où
l’actrice "blonde aux yeux bleus et à la
personnalité effervescente" (cf. la mini-bio de
IMDB sur www.imdb.com)
ressort brune aux cheveux gras complexée, ce qui transforme
de manière très radicale le jeu généralement
très en surface de Meg Ryan. Ensuite, elle nous déshabille
tout ça sans complexe, elle déglace avec une
relation dominant-dominé, elle imbibe le biscuit de
culpabilité noirâtre et de vraies fausses pistes
et hop ! elle passe au four, à 220 pendant deux heures,
position chaleur tournante.
Malgré ça, on a froid. Ce n’est pas tant
l’article serial killer qui nous givre - énième
épître d’une fiction américaine
de genre qui semble ne pas pouvoir s’épuiser
eu égard aux multiples modus operandi proposés
par une pléiade inépuisable de scénaristes
- mais plutôt la condition féminine dans ce qu’elle
a de plus flippant au cœur de la cité : le célibat
et la quête de l’homme impossible, celui que l’on
rencontre forcément au hasard, ce salopard de hasard
qui peut vous précipiter au choix entre les bras d’un
bon type au lait cru qui vous fera autant de gosses que vous
en rêviez, d’un bon macho moulé à
la louche qui vous tabassera si par malheur sa bière
est tiède ou d’un dingue sanguinaire qui vous
désarticulera et vous bazardera dans une arrière-cour,
la première option ne semblant pas à la portée
de la première malheureuse venue. C’est là
la pierre angulaire de In the cut, au plus profond de cette
coupure précisément, cette incision entre le
désir et la réalité, l’objet rare
et le sinueux chemin qu’il faudra suivre avant de le
rencontrer si tant est qu’on le rencontre jamais. Alors
c’est la solitude et la vieillesse avant l’heure
parce qu’on ne répond plus aux critères
sociaux de l’humanité heureuse parce qu’accouplée.
Meg Ryan est ce personnage qui s’est habitué
à la solitude parce que la quête était
trop dure, en atteste l’erreur commise avec ce personnage
abruti de psychoses que joue admirablement encore un Kevin
Bacon totalement sociopathe. Meg Ryan est cette femme qui
n’a plus de soin pour son apparence, une transparence
totale qui se noie dans le nombre des dangers potentiels du
quartier de Hells Kitchen à New York. Quatorze ans
après Harry et Sally, Meg Ryan devient cette new-yorkaise
qui ne veut plus s’afficher, qui a ravalé des
fantasmes communs devenus polluants qu’elle défoule,
entre autres, en matant, par accident, une fellation dans
les toilettes d’un bar. On est loin, très loin
de ce personnage qui prouvait à Billy Cristal que n’importe
quelle fille peut simuler à la perfection un orgasme
à la seule force de ses cordes vocales.
Pour trouver l’homme, Frannie va devoir traverser les
étapes d’un parcours initiatique vertigineux
qui la mèneront là où elle veut aller
: connaître elle aussi la merveilleuse histoire d’amour
qu’ont vécu ses parents, un conte de fées
que son père lui racontait le soir pour qu’elle
s’endorme (une thématique échappée
de La leçon de piano, là encore).
"Que savez-vous du désir ?". Oui, les publicitaires
qui ingèrent des substances coûteuses et détraquantes
pour trouver les accroches qui enverront en masse le public
voir un film n’ont visiblement pu trouver que ça
à extraire du brûlant film de Jane Campion. Sans
doute l’utilisation - un rien abusive il est vrai -
des objectifs à décentrement (1) et cet étalonnage
très vert-brun leur ont un peu trop rappelé
les images putassières des pubs de la fin du siècle
dernier.
Ne vous inquiétez pas, en sortant de là, on
n’en sait pas plus sur son propre désir que ce
qu’on a appris en sortant de Neuf semaine et demie.
On frôle d’autres choses et qui ne sont pas forcément
rassurantes. Et au-delà du prétexte policier,
c’est sans doute là tout ce qui fait de In the
cut un film noir.
Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Décembre 2003
(1) Il s’agit d’objectifs avec une variabilité
de focale qui permet d’avoir le point à certains
endroits de l’image et le flou ailleurs, très
utilisé dans la pub des années 90.
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