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     CiNéMa
 
IN THE CUT

Un film américain de Jane Campion
Avec Meg Ryan
Jennifer Jason Leigh
et Mark Ruffalo

Pathé - 2003 - 1h59

L'AMOUR A MORT
Un film noir de Jane Campion qui lâche Meg Ryan dans un thriller psychologique, entre quête de l'homme idéal et serial-killer sociopathe.



Une femme est assassinée puis décapitée une nuit sous les fenêtres de Frannie qui n’a rien vu, rien entendu. Dépêché sur l’affaire l’inspecteur Malloy va s’intéresser de très près à cette Frannie, professeur d’anglais célibataire et pré-quadragénaire, capable d’une grande dépendance sexuelle.

La finesse en plus, Jane Campion pourrait être comparée à une sorte de Catherine Breillat de langue anglaise. La finesse en plus, je répète à dessein : au moins, chez la néo-zélandaise, on trouve encore quelques hommes à sauver.
La recette a parfaitement marché par le passé, Jane Campion récidive donc, choisit l’une des actrices les plus glamours d’Hollywood, l’envoie chez le coiffeur et chez l’oculiste, d’où l’actrice "blonde aux yeux bleus et à la personnalité effervescente" (cf. la mini-bio de IMDB sur www.imdb.com) ressort brune aux cheveux gras complexée, ce qui transforme de manière très radicale le jeu généralement très en surface de Meg Ryan. Ensuite, elle nous déshabille tout ça sans complexe, elle déglace avec une relation dominant-dominé, elle imbibe le biscuit de culpabilité noirâtre et de vraies fausses pistes et hop ! elle passe au four, à 220 pendant deux heures, position chaleur tournante.

Malgré ça, on a froid. Ce n’est pas tant l’article serial killer qui nous givre - énième épître d’une fiction américaine de genre qui semble ne pas pouvoir s’épuiser eu égard aux multiples modus operandi proposés par une pléiade inépuisable de scénaristes - mais plutôt la condition féminine dans ce qu’elle a de plus flippant au cœur de la cité : le célibat et la quête de l’homme impossible, celui que l’on rencontre forcément au hasard, ce salopard de hasard qui peut vous précipiter au choix entre les bras d’un bon type au lait cru qui vous fera autant de gosses que vous en rêviez, d’un bon macho moulé à la louche qui vous tabassera si par malheur sa bière est tiède ou d’un dingue sanguinaire qui vous désarticulera et vous bazardera dans une arrière-cour, la première option ne semblant pas à la portée de la première malheureuse venue. C’est là la pierre angulaire de In the cut, au plus profond de cette coupure précisément, cette incision entre le désir et la réalité, l’objet rare et le sinueux chemin qu’il faudra suivre avant de le rencontrer si tant est qu’on le rencontre jamais. Alors c’est la solitude et la vieillesse avant l’heure parce qu’on ne répond plus aux critères sociaux de l’humanité heureuse parce qu’accouplée.

Meg Ryan est ce personnage qui s’est habitué à la solitude parce que la quête était trop dure, en atteste l’erreur commise avec ce personnage abruti de psychoses que joue admirablement encore un Kevin Bacon totalement sociopathe. Meg Ryan est cette femme qui n’a plus de soin pour son apparence, une transparence totale qui se noie dans le nombre des dangers potentiels du quartier de Hells Kitchen à New York. Quatorze ans après Harry et Sally, Meg Ryan devient cette new-yorkaise qui ne veut plus s’afficher, qui a ravalé des fantasmes communs devenus polluants qu’elle défoule, entre autres, en matant, par accident, une fellation dans les toilettes d’un bar. On est loin, très loin de ce personnage qui prouvait à Billy Cristal que n’importe quelle fille peut simuler à la perfection un orgasme à la seule force de ses cordes vocales.

Pour trouver l’homme, Frannie va devoir traverser les étapes d’un parcours initiatique vertigineux qui la mèneront là où elle veut aller : connaître elle aussi la merveilleuse histoire d’amour qu’ont vécu ses parents, un conte de fées que son père lui racontait le soir pour qu’elle s’endorme (une thématique échappée de La leçon de piano, là encore).

"Que savez-vous du désir ?". Oui, les publicitaires qui ingèrent des substances coûteuses et détraquantes pour trouver les accroches qui enverront en masse le public voir un film n’ont visiblement pu trouver que ça à extraire du brûlant film de Jane Campion. Sans doute l’utilisation - un rien abusive il est vrai - des objectifs à décentrement (1) et cet étalonnage très vert-brun leur ont un peu trop rappelé les images putassières des pubs de la fin du siècle dernier.

Ne vous inquiétez pas, en sortant de là, on n’en sait pas plus sur son propre désir que ce qu’on a appris en sortant de Neuf semaine et demie. On frôle d’autres choses et qui ne sont pas forcément rassurantes. Et au-delà du prétexte policier, c’est sans doute là tout ce qui fait de In the cut un film noir.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Décembre 2003



(1) Il s’agit d’objectifs avec une variabilité de focale qui permet d’avoir le point à certains endroits de l’image et le flou ailleurs, très utilisé dans la pub des années 90.

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