| Palme
d’or du cœur, Les invasions barbares vous invitent à
la mort de votre meilleur ami. Ne fuyez pas car avant cela, on va
se rappeler le bon vieux temps !
Rémy, professeur d’histoire au Québec, est gravement
malade. Ses jours sont comptés. Son fils, qui travaille à
la bourse de Londres, vient le rejoindre. Comme Rémy est
dans un hôpital public et que son fils Sébastien a
beaucoup d’argent, ce dernier va s’arranger pour que
les derniers jours de son père lui apportent du plaisir et
pour que sa souffrance soit amoindrie.
Voilà
le canevas des Invasions Barbares, suite 17 ans après du
Déclin de l’empire américain. Denys Arcand reprend
ses personnages qui avaient enchanté tant de spectateurs
dans les années 80 mais il s’agit d’un film où
l’ambition des thèmes abordés est sublimée
par le ton général de l’œuvre.
Bien
sûr, Arcand développe l’idée selon laquelle
nos civilisations sont sujettes aux invasions barbares qui les mettent
à mal : la drogue, la corruption etc. mais là n’est
pas son sujet principal. De même que la décrépitude
de nos sociétés, ces thèmes interviennent en
contrepoint. Car le véritable sujet, hormis les rapports
des êtres humains les uns avec les autres, c’est comment
un homme peut se résoudre (ou pas) à mourir.
Il
y a beaucoup de choses qui devraient vous toucher au plus profond
dans ce film : la relation entre un père et son fils, comment
la plupart du temps ils n’arrivent pas à exprimer ce
qui est essentiel, l’amitié comme ultime adoucissement
de la souffrance, le temps qui passe…
Il
y a aussi, l’air de rien un point assez culotté puisque
Denys Arcand nous montre que la seule solution pour abréger
la souffrance de Rémy est de lui fournir de l’héroïne.
Là, intervient le personnage de Nathalie, héroïnomane
incarnée par Marie-Josée Croze.
En
fait, il faudrait des heures et des pages pour traiter en détail
tout ce qui est abordé dans ce film. Le voir sans être
par instants ému aux larmes est difficilement possible. Ce
qui ne l’empêche d’être drôle et même
hilarant. Il n’y a pas contradiction car Rémy souffre
mais il aime profondément et désespérément
la vie, la nourriture, les femmes.
Denys
Arcand l’explique dans ses entretiens avec la presse. Ce film
est un exorcisme. Il a filmé la mort que chacun mérite
d’avoir. Comme nous devons tous y passer un jour où
l’autre, autant être entouré d’amour à
cet instant.
À
un moment, Rémy évoque les femmes avec lesquelles
il s’est endormi, les femmes qui ont accompagné ses
rêves : Julie Christie, Françoise Hardy. Et puis, il
avoue qu’un soir, il n’a plus rêvé de belles
artistes mais d’une plage des Caraïbes. Là, il
a constaté qu’il devenait vieux.
Admirable,
la mise en scène pudique où les fondus au noir sont
une respiration Admirables, ces acteurs si touchants qu’ils
auraient du obtenir une palme commune à Cannes.
Pour
cela (et pour tout le reste), une goutte dans l’océan
des richesses du film, il faut aller voir Les Invasions Barbares,
un film où l’on rit, où l’on pleure et
où au final, on est bouleversé.
Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2003 |