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LES INVASIONS BARBARES

Un film franco-canadien
de Denys Arcand
Avec Remy Girard
Stéphane Rousseau
Et Marie-Josée Croze

Pyramide - 2003 – 1h39
Palme d’or du cœur, Les invasions barbares vous invitent à la mort de votre meilleur ami. Ne fuyez pas car avant cela, on va se rappeler le bon vieux temps !


Rémy, professeur d’histoire au Québec, est gravement malade. Ses jours sont comptés. Son fils, qui travaille à la bourse de Londres, vient le rejoindre. Comme Rémy est dans un hôpital public et que son fils Sébastien a beaucoup d’argent, ce dernier va s’arranger pour que les derniers jours de son père lui apportent du plaisir et pour que sa souffrance soit amoindrie.

Voilà le canevas des Invasions Barbares, suite 17 ans après du Déclin de l’empire américain. Denys Arcand reprend ses personnages qui avaient enchanté tant de spectateurs dans les années 80 mais il s’agit d’un film où l’ambition des thèmes abordés est sublimée par le ton général de l’œuvre.

Bien sûr, Arcand développe l’idée selon laquelle nos civilisations sont sujettes aux invasions barbares qui les mettent à mal : la drogue, la corruption etc. mais là n’est pas son sujet principal. De même que la décrépitude de nos sociétés, ces thèmes interviennent en contrepoint. Car le véritable sujet, hormis les rapports des êtres humains les uns avec les autres, c’est comment un homme peut se résoudre (ou pas) à mourir.

Il y a beaucoup de choses qui devraient vous toucher au plus profond dans ce film : la relation entre un père et son fils, comment la plupart du temps ils n’arrivent pas à exprimer ce qui est essentiel, l’amitié comme ultime adoucissement de la souffrance, le temps qui passe…

Il y a aussi, l’air de rien un point assez culotté puisque Denys Arcand nous montre que la seule solution pour abréger la souffrance de Rémy est de lui fournir de l’héroïne. Là, intervient le personnage de Nathalie, héroïnomane incarnée par Marie-Josée Croze.

En fait, il faudrait des heures et des pages pour traiter en détail tout ce qui est abordé dans ce film. Le voir sans être par instants ému aux larmes est difficilement possible. Ce qui ne l’empêche d’être drôle et même hilarant. Il n’y a pas contradiction car Rémy souffre mais il aime profondément et désespérément la vie, la nourriture, les femmes.

Denys Arcand l’explique dans ses entretiens avec la presse. Ce film est un exorcisme. Il a filmé la mort que chacun mérite d’avoir. Comme nous devons tous y passer un jour où l’autre, autant être entouré d’amour à cet instant.

À un moment, Rémy évoque les femmes avec lesquelles il s’est endormi, les femmes qui ont accompagné ses rêves : Julie Christie, Françoise Hardy. Et puis, il avoue qu’un soir, il n’a plus rêvé de belles artistes mais d’une plage des Caraïbes. Là, il a constaté qu’il devenait vieux.

Admirable, la mise en scène pudique où les fondus au noir sont une respiration Admirables, ces acteurs si touchants qu’ils auraient du obtenir une palme commune à Cannes.

Pour cela (et pour tout le reste), une goutte dans l’océan des richesses du film, il faut aller voir Les Invasions Barbares, un film où l’on rit, où l’on pleure et où au final, on est bouleversé.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2003
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