Un film irlandais de Billy O’Brien
Avec John Lynch
Ruth Negga
Essie Davis
et Crispin Letts
TFM Distribution - 2006 - 1h35
Plus
fort que le chikungunya, la bestiole d’Isolation réussit
contre toute attente à faire fonctionner le trouillomètre
du plus blasé des spectateurs et fait de cette petite série
B irlandaise, un Alien version agraire, très convaincant !
Il ne faut pas avoir de préjugés ! C’est la grande
leçon à retenir après le visionnage d’Isolation,
premier film de Billy O’Brien. Récompensée du
Grand prix de Gérardmer, cette histoire de mutant issu de la
gestation d’une vache laissait un peu perplexe. Le résultat
est exemplaire.
Petit budget, Billy O’Brien a tout de même de grandes
idées. Il travaille ses personnages à la serpe. Ces
derniers renforcent une ambiance lourde, due au décor délabré
d’une ferme isolée dans la campagne boueuse et pluvieuse
d’Irlande.
Un fermier dépressif, des scientifiques névrosés
et des amoureux en fuite : cinq personnages opaques donc assez solides
pour défendre cette idée assez loufoque de veau génétiquement
dégénéré et amateur de viande humaine.
Plus fort encore, reste la mise en scène. Se servant d’une
superbe photographie, d’un lieu unique, Billy O’Brien
transforme une ferme à l’abandon en une tanière
menaçante. Sa maîtrise de l’espace permet de transcender
toutes les faiblesses possibles. Oppressante, cette chasse mortelle,
entre quelques hommes et un monstre gluant, que n’aurait pas
renié Cronenberg, dépasse de loin, tous les films fantastiques
sortis récemment.
Le malaise rural, les scandales agro alimentaires, les angoisses du
consommateur, voilà le point de départ de ce film d’horreur
et c’est une vraie curiosité. L’exploit d’une
efficacité totale à partir de ce point de départ
en est une autre. Et toute cette singularité fait de ce film,
une réussite mineure mais plaisante : écrire qu’un
film sur une vache folle carnivore est bon, ça n’arrive
pas tous les jours !