Un film danois de Lone Scherfig
Avec Anders Berthelsen
Lars Kaalund
et Peter Gantzler
Zentropa - 2001 - 1h48
Dans
une ville grise du Danemark, dont nous ne voyons que des lieux anonymes
(salle de cours, lieux de culte, hôtel ou hôpital), quelques
personnes sont amenées à suivre des cours ditalien.
La plupart de ces personnes souffrent de maux divers : maladresse
chronique, timidité, agressivité. Apprendre une langue
étrangère apparaît comme un moyen de conjurer
leur solitude. Pour certains, se retrouver ensemble signifie être
accepté par un club qui serait fier de vous compter parmi ses
membres. Les hommes et les femmes qui apprennent litalien sont
content dêtre ensemble.
Il faut dire que leur vie nest pas riante. Une fille travaillant
dans une boulangerie, vit sous lemprise de son père qui
la méprise et lempêche de sortir de chez elle,
un pasteur vient en remplacer un autre dans une paroisse peu fréquentée,
sa femme est morte il y a quelques mois. Une coiffeuse veille sur
sa mère gravement malade et dépendante.
Le tout est filmé selon les méthodes du Dogme cher à
Lars Von Trier (Dogme qui a produit au moins deux grands films : Les
idiots du même Von Trier et Festen de Tomas Vintenberg). Les
principes sont les suivants : pas dartifice de mise en scène,
ni jeux de lumières, ni musique préenregistrée,
etc. Je ne pense pas que les cinéastes du Dogme vouent un culte
énorme aux 9 ou 10 règles quils doivent suivre.
Je crois quil sagit dun cadre dans lequel ils sinsèrent
et duquel ils séchappent parfois.
Au début du film, on passe dun personnage à lautre.
Une fois quon en a cerné un, on découvre en quoi
il est connecté aux autres. Le film se passe quasiment en intérieur,
dans des pièces plus ou moins grandes. On est frappé
par le côté âpre des relations. Elles sont difficiles.
Les gens se heurtent, se blessent, se traquent. On est frappé
également par lhumour qui se dégage des situations.
Un humour très différent de ceux auxquels nous sommes
habitués, un humour qui nous cueille à froid.
Le scénario habilement tricoté permet aux uns et aux
autres de se croiser et de tisser des liens. Il débouche dans
la dernière partie du film sur ce qui est, sans doute, le plus
surprenant : un conte de Noël, un conte dhiver.
Lone Scherfig, la réalisatrice, amène une tendresse
qui imprègne de plus en plus le film. Le plus important pour
les protagonistes, devient de sortir deux-mêmes et de
trouver le bonheur. Nous ne sommes plus loin alors des meilleures
comédies américaines où un homme et une femme
saiment sans le savoir, par exemple. Mais, dans Italian for
beginners, il ny a ni glamour, ni recherche effrénée
de l effet et de la surenchère. Quand enfin, chacun trouve
sa moitié dorange, nous sommes émus, et dautant
plus émus que nous savons tout ce quils viennent de traverser.
Que la fin du film se situe à Venise accentue notre plaisir.
Voilà un film intéressant, original et auquel on repense
par la suite. Bref, pas du tout du chewing-gum pour les yeux.