Un film français de Claude Chabrol
Avec Isabelle Huppert
François Berléand
Patrick Bruel
et Robin Renucci
Pan-Européenne - 2006 - 1h50
Le
nouveau Chabrol sort du cercle intime pour aborder un sujet plus délicat
: l’affaire Elf. Le résultat est aussi convaincant et
efficace que l’enquête de la juge Eva Joly en son temps
!
La roue de l’actualité tourne vite et l’affaire
Elf n’est déjà plus qu’un lointain souvenir
pour la plupart d’entre nous. Et pourtant, quel cataclysme politico-judiciaire
que cet "acharnement" dont fit preuve la juge d’instruction
Eva Joly (lire à ce sujet le passionnant Est-ce
dans ce monde-là que nous voulons vivre ? paru en 2003
aux éditions des Arènes) secondée par son alter
ego Laurence Vichnievsky. Rétive à toute influence,
manipulation et autre raison d’Etat, elle mena au bout une enquête
qui mettait au jour les comportements mafieux et les enrichissements
personnels de grands commis de l’Etat, patrons et autres ministres.
C’est de cette substance nauséabonde (mais édifiante)
que Claude Chabrol a choisi de faire son miel avec une Ivresse du
pouvoir d’autant plus admirable qu’il a su, en moins de
deux heures, combiner brillamment le public et le privé de
personnages emblématiques.
À commencer par l’extraordinaire Isabelle Huppert dans
le rôle clé de la juge Charmant Killman (Joly…
Charmant… décidément, le Chabrol est facétieux).
Femme froide et décidée à aller au bout de son
enquête, fut-ce au détriment de son couple. Femme de
pouvoir aussi, finalement assez satisfaite d’être sur
le devant de la scène. Mais également François
Berléand, dans le rôle du PDG déchu, dont la barbe
taillée court n’est pas sans évoquer "l’infortuné"
Loïck Le Floch-Prigent. Il faudrait aussi citer chaque second
rôle, mais nous réserverons notre ultime accessit à
Marilyne Canto, lumineuse actrice que l’on aperçoit trop
rarement sur les écrans et qui, là encore, nous ébloui
de sa présence discrète mais dense.
Ecrit, maîtrisé et passionnant de bout en bout, L’ivresse
du pouvoir donne une dimension supplémentaire à l’œuvre
de Chabrol qui sort enfin du cercle familial (même s’il
est encore omniprésent ici) pour s’ouvrir au "monde
du dehors". On lui en est d’autant plus reconnaissant qu’il
déploie la même intelligence, la même (im)pertinence,
le même regard acide pour le grand secret d’Etat que le
petit secret de famille. Une gageure !