Un film français de Jean Becker
Avec Jacques Villeret
André Dussollier
Thierry Lhermitte
et Benoît Magimel
UFD - 2003 - 1h35
Sil
est une qualité que lon doit reconnaître au cinéma
de Jean Becker, cest la fidélité.
Fidélité à une certaine idée de la France,
dabord. Une France rurale, profonde au sens "enracinée"
du terme. Mais attention, Jean Becker a du talent. Jamais rien de
complaisant ou de franchouillard dans sa description dune ruralité
idéale. Non, simplement des personnages attachants avec leurs
qualités et leurs défauts, leur bon sens et leur naïveté.
Fidélité à des acteurs, ensuite. Jacques Villeret,
André Dussolier, Suzanne Flon... De film en film (Les
enfants du marais, Un crime au paradis), Jean Becker reconstitue
sa tribu et redistribue les rôles sans jamais changer leurs
traits de caractère. Jacques Villeret est léternel
brave type, pas très malin mais le cur sur la main. André
Dussolier est léternel notable pas fier et bon enfant
qui recherche (et trouve) lamitié du premier. Et Suzanne
Flon est léternelle vieille dame, incarnation de la sagesse
et de la mémoire.
Fidélité à une époque, enfin, figée
au tournant de la 2e Guerre Mondiale ; un peu avant (Les enfants du
marais) ; un peu pendant et un peu après (Effroyables jardins).
Les règles du jeu sont établies, le "nouveau"
Jean Becker peut commencer.
Cest la fête au village et, comme chaque fois, Jacques
(Jacques Villeret) va revêtir son habit de clown et donner une
représentation. Et il est drôle, Jacques, un vrai talent,
tout le monde le dit et lapprécie. Tout le monde sauf
Lucien, son fils dune quinzaine dannées qui ne
supporte pas que son père se "ridiculise" ainsi dans
ce stupide costume. Alors André Dussolier le prend à
part et entreprend de lui raconter une histoire un peu ancienne qui
sest déroulée pendant la guerre et qui va faire
comprendre au jeune Lucien pourquoi son père endosse avec tant
de conviction cet habit de clown.
Comme toujours, avec une histoire simple pétrie dhumanité,
Jean Becker nous embarque pour une heure et demie de bons sentiments
et dintelligence dont on ressort inévitablement en se
sentant meilleurs.
Il ny a pourtant aucune trouvaille de mise en scène ou
de scénario, simplement une adaptation honnête dun
court et touchant roman de Michel Quint. Vous avez dit court ? Oui,
et cest bien là la principale faiblesse dEffroyables
jardins : une certaine langueur (lenteur, longueur...) qui fait sétirer
la narration plus quil nest nécessaire, même
si les acteurs y déploient leur immense talent.
Finalement, ce film est à limage de lépoque
quil décrit : un peu vieillot mais irrésistible
par la nostalgie quil dégage.