Un film américain de Sam Mendes
Avec Jake Gyllenhaal
Peter Sarsgaard
Jamie Foxx
Chris Cooper
et Denis Haysbert
UIP - 2006 - 2h03
En
renouvelant le genre du film de guerre, Sam Mendes réalise
un grand film, réaliste et sans complaisance, sur le corps
des Marines et la première guerre du Golfe.
1990. Engagé volontaire dans le corps des Marines, Anthony
Swofford (Jake Gyllenhaal) est un jeune Américain banalement
patriote et décervelé, fier de jouer au petit soldat
et de défendre les valeurs de la nation. En le suivant au plus
près, de son intégration à son envoi dans le
désert saoudien à l’occasion de la première
guerre du Golfe, c’est à une plongée hallucinante
et hallucinée des rouages de ce corps d’élite
(sic) de l’armée US que Sam Mendes nous convie.
Confrontés à l’attente interminable, à
la peur panique de devoir livrer un véritable combat, aux frustrations
en tout genre engendrées par un isolement masculin de plus
en plus pesant, le climat s’alourdit pour atteindre son paroxysme
quand sonne l’heure du déploiement.
Réalisateur hors du commun, Sam Mendes signe avec Jarhead son
troisième film seulement en cinq ans (après American
beauty en 2000 et Les
sentiers de la perdition en 2002), mais surtout une troisième
réussite éclatante.
Sans jamais céder à la tentation du film de genre, en
se concentrant sur ses personnages, divers et complexes, il dissèque
minutieusement et sans complaisance la mécanique médiatico-militaire
mise en branle par George Bush père pour arracher les puits
de pétrole koweitiens des griffes de Saddam Hussein.
Jarehead peut d’ores et déjà prendre place aux
côtés des Full metal jacket et autre Apocalypse now (qui
fait ici l’objet d’une scène d’anthologie).
Pas pour ses scènes de combat – ni le soldat Swofford,
ni ses camarades n’auront l’occasion de tirer le moindre
coup de feu contre l’ennemi durant leur "Tempête
du désert" -, mais pour sa capacité à capter
toute la dimension d’un drame humain dans lequel les personnages
comptent avant tout, pour sa capacité à porter un regard
critique sur la bêtise mécanique de la vie militaire
et sur l'absurdité d'une guerre contre un ennemi invisible.
Au-delà de la qualité du travail de Sam Mendes et de
l’interprétation de Jake Gyllenhaal (étoile montante
du cinéma hollywoodien), on ne manquera pas de saluer la performance
toute en finesse de Peter Sarsgaard et celle, survitaminée,
de Jamie Foxx.