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JE NE SUIS PAS LA
POUR ETRE AIME


Un film français de Stéphane Brizé
Avec Patrick Chesnais
Anne Consigny
Georges Wilson
Lionel Abelanski
et Cyril Couton

Rezo Films - 2005 - 1h33
Sur un sujet particulièrement risqué (le jeu de la séduction entre une jeune femme et un homme mûr), Stéphane Brizé fait montre d’un beau talent.


Effet de mode ou hasards de la création, il est périodiquement des phénomènes de "mimétisme" qui finissent par créer une tendance. À l’origine de celle que nous allons évoquer ici, il y a un acteur auquel il serait vain d’en contester la paternité : Bill Murray. Le Bill Murray de Jim Jarmusch, certainement (Broken flowers), mais plus encore celui de Sofia Coppola (Lost in translation). Vous y êtes ? Mais si : une sorte de vieil ours mal léché, plutôt placide, un peu bougon… et grand séducteur (involontaire) devant l’éternel !

Et bien figurez-vous que le cinéma français tient son Bill Murray en la personne de Patrick Chesnais ! "Bon sang, mais c’est bien sûr, vous entends-je vous exclamer derrière l’écran de votre ordinateur, comment n’y ais-je pas pensé plus tôt ?" Tout simplement parce que vous n’êtes pas Stéphane Brizé, jeune réalisateur talentueux, et que vous n’avez pas encore vu Je ne suis pas là pour être aimé !

Dans le cas contraire, cette évidence vous aurait d’autant plus facilement sauté aux yeux que l’analogie avec Lost in translation est particulièrement évidente : Jean-Claude Delsart, la cinquantaine bien entamée n’est pas particulièrement heureux. Divorcé, il vit seul, entre un fils totalement introverti et un père parfaitement odieux (Georges Wilson). Et ce n’est pas son boulot d’huissier qui risque de lui apporter une quelconque joie de vivre. Pourtant, son existence change lorsqu’il décide, un soir, de s’inscrire au cours de tango qu’il observe depuis des mois de la fenêtre de son bureau. Il y rencontre Françoise, une jeune femme charmante (Anne Consigny) avec laquelle naît une douce complicité…

Sujet casse-gueule, et pourtant, comme dans le film de Sofia Coppola, il n’y a rien de gnan-gnan dans Je ne suis pas là pour être aimé. D’abord parce que les personnages sont suffisamment denses (danses) et complexes pour que leur crédibilité soit entière ; ensuite parce que Stéphane Brizé a su introduire une belle mécanique d’humour féroce (mais irrésistible) qui, par le jeu de l’autodérision parfaitement maîtrisée, allège notablement le propos et le rend fort digeste.

On ne boudera donc pas notre plaisir avec cette comédie sentimentale qui a su éviter tous les écueils du genre. Une performance assez rare pour être soulignée.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2005
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