Un film anglais de Ken Loach
Avec Atta Yaqub
Eva Birthistle
Ahmad Riaz
et Shamshad Akhtar
Diaphana - 2004 - 1h43
Après
Family life ou Sweet sixteen, Ken Loach ne change pas de registre
et tourne Just a kiss, un bon film, mais mineur ans la carrière
du monsieur.
Une fois de plus Ken Loach grimpe sur la barricade et défend
avec sa caméra la classe ouvrière et les petites
gens. Là, notre cinéaste engagé préféré
(au moins pour moi) narre une histoire d’amour entre le
Pakistanais Casim (Atta Yaqub) et l’Irlandaise Roisin
(Eva Birthistle), interprétés par deux jeunes
acteurs impressionnants de justesse. Cela ressemble fortement
à Roméo et Juliette me direz-vous, et bien vous
n’avez pas tort.
C’est là que le bât blesse dans Just a kiss,
pourtant écrit par Paul Laverty (scénariste pour
Loach de My name is Joe ou Sweet
sixteen), car il n’y a que cette histoire d’amour
dans le film ; même si le réalisateur évoque
bien sûr le racisme de tous les jours et le poids des
traditions, cette romance prend le pas sur le message et perd
ainsi de sa force, contrairement aux histoires d’amour
sur fond de guerre au Nicaragua (Carla’s song) ou de luttes
de femmes de ménage mexicaines aux Etats-Unis (Bread
and roses).
Passée cette toute petite déception, on retrouve
tout de même Loach quand ce dernier décrit le quotidien
de Casim, DJ dans une discothèque et parfaitement intégré,
mais subissant les coutumes familiales avec mariage arrangé
à la clé. La situation n’est guère
plus brillante pour Roisin, professeur de musique, qui se voit
licenciée et quasiment exclue de sa communauté
parce qu’elle aime un musulman. C’est dans ces scènes-là
que le metteur en scène retrouve sa force et nous montre
que les mentalités étriquées empoisonnent
nos vies, même dans notre société dite tolérante.
Loach tire également à vue sur les obscurantismes
religieux, dans ce qui est la meilleure scène du film,
où un prêtre enseigne à Roisin les règles
pour être une parfaite petite chrétienne.
Just a kiss n’est certes pas un mauvais film, mais le
décapant ou le bouleversant s’efface presque tout
entier derrière cette histoire d’amour. Presque,
car Loach secoue encore bien les consciences dans quelques bonnes
séquences. Alors si, comme moi, vous êtes à
la fois romantique et engagé, allez voir le film au,
peut-être, plus joli titre de l’année, Just
a kiss.