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LE LABYRINTHE DE PAN

Un film mexicain de Guillermo Del Toro
Avec Ivana Baquero
Maribel Verdu
Sergi Lopez
Doug Jones

Wild Bunch - 2006 - 1h52
Ce fut un vrai bonheur d'apprendre la sélection au dernier festival de Cannes du nouveau film de Guillermo Del Toro. Spécialiste du film de genre, ce mexicain était enfin reconnu comme un auteur, même s'il est reparti bredouille du sud de la France. Après la vision du Labyrinthe de Pan, on se demande si le jury ne souffrait pas de cécité.


1944 en Espagne. Ofelia, gamine rêveuse, rejoint le nouveau mari de sa maman, enceinte et fragile. Le beau-père est un capitaine franquiste, chargé de poursuivre les républicains dans une forêt austère. Installé dans un vieux moulin avec ses troupes, l'homme est froid et se révèle très cruel. Ofelia fait pourtant une découverte merveilleuse : les vestiges d'un labyrinthe. Là, un faune la reconnaît : elle serait la réincarnation d'une princesse échappée de son royaume. Il va lui falloir surmonter trois épreuves pour retrouver son univers et fuir les horreurs de la guerre...

Dès les premières minutes, les références se bousculent : la forêt est une version live de celle, si chère à l'animateur Hayao Miyazaki. Ofelia est une réplique espagnole d'Alice de Lewis Carroll. Le labyrinthe de Pan a des allures de conte. C'est en fait un drame. Poétique, fantastique et effrayant.

Si vous croisez une mamie qui veut emmener ses petits-enfants voir le film, dissuadez-là : c'est une oeuvre cruelle. Chez Guillermo Del Toro, les monstres ne sont jamais ceux que l'on croit. Les créatures magiques que va rencontrer Ofelia sont épouvantables, mais elles paraissent anecdotiques lorsqu'elles sont comparées au terrible capitaine, campé par un rigide Sergi Lopez.

Ce n'est pas un conte pour enfants, c'est une dénonciation du fascisme, de la pensée unique et de la haine de soi. L'aspect merveilleux révèle la cruauté humaine. Affrontant un crapaud géant ou un ogre aux yeux rouges, Ofelia fuit la réalité la plus dure, celle de la guerre et de la folie, personnifiée par le capitaine et ses hommes. A ce niveau, le film apparaît comme un film jumeau de L'échine du diable, autre film de l'auteur.

Comme souvent chez Guillermo Del Toro, le film est un trompe l'oeil : le merveilleux en fait imite l'humanité. L'imagination de la gamine se laisse déborder par la barbarie qui l'entoure. Le rêve devient un cauchemar. Mais à la différence de L'échine du diable, tout ce qui est lié au fantastique n'est pas salvateur. La fin, à ce titre, est une énorme surprise. Cinglante et poignante.

Finalement, Guillermo Del Toro est un rêveur désenchanté. Sa passion pour le cinéma transcende les difficultés du monde, mais l'imagination ne réglera jamais les conflits entre les hommes. Au pire, il peut inspirer des solutions. Il est possible d'y voir une métaphore sur le septième art, il faut surtout admirer une magnifique réflexion sur l'innocence, ses forces et ses faiblesses.

Le Labyrinthe de Pan n'est donc jamais le film que l'on croit. Sa complexité confirme tout le bien que l'on pouvait penser du réalisateur d'Hellboy. Sa bienveillance pour le film de genre le rend encore plus attachant. Ce conte fantastique en forme de drame historique (ou l'inverse) invite le spectateur dans un imaginaire sublime, grinçant et d'une poésie rare. Dépêchez vous d'aller vous perdre dans ce labyrinthe !


Pierre Loosdregt
© Jowebzine.com - Novembre 2006
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