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LE FILS

Un film belge
de Luc et Jean-Pierre Dardenne
Avec Olivier Gourmet
et Morgan Marinne

Diaphana - 2002 - 1h43
Luc et Jean-Pierre Dardenne prouvent à leur tour qu’un cinéma alternatif (au sens "non conventionnel") peut être porteur d’émotion, d’humanisme et finalement de plaisir intellectuel. Ils ne sont pas les seuls. Chacun à leur manière, Von Trier, Allen, Kaurismaki ou Lynch viennent régulièrement nous présenter des oeuvres à la fois personnelles et universelles qui touchent au coeur. Auréolé du Prix d’Interprétation Masculine décroché à Cannes en mai dernier par Olivier Gourmet (que l’on peut voir également sur les écrans dans Peau d’ange, le film de Vincent Pérez), Le fils apporte aujourd’hui sa pierre à cet édifice.

C’est la Belgique d’en bas (pour paraphraser une expression ignoble, à la mode ces temps-ci) que les frères Dardenne mettent à l’honneur dans cette histoire simple et profonde. Celle d’Olivier (Olivier Gourmet), prof de menuiserie dans une structure d’accueil pour jeunes en difficulté. Divorcé, il vit seul, solitaire même. L’arrivée de Francis (Morgan Marinne) dans son cours va bouleverser l’équilibre fragile que cet homme avait construit. L’intérêt, voire l’attachement, qu’il porte à l’adolescent cache un secret, un terrible secret.

Caméra à l’épaule, sans artifice ni recherche du spectaculaire, avec peu de mots surtout (on ne parle pas beaucoup dans l’univers des frères Dardenne), Le fils montre le comportement et les actes d’un homme simple, mais droit et juste. Elle est difficile la voie choisie par Olivier, celle de l’oubli et du pardon. Celle de la vie contre la mort. Pourtant, il n’est jamais question de thèse humaniste ni de discours moralisateur dans ce film. En suivant leur personnage principal pas à pas, cadré serré, souvent sur son seul visage, les réalisateurs nous mettent en totale empathie avec lui. Nous sommes Olivier, nous nous comportons comme lui, nous exorcisons les mêmes démons et nous agissons, comme lui, avec droiture. Pourtant, comme lui, nous serions bien en peine d’expliquer nos actes même si nous savons confusément, instinctivement, que la voie suivie est la seule acceptable.

Entre la réalisation subtile de Luc et Jean-Pierre Dardenne et l’interprétation fascinante d’humanité de l’omniprésent Olivier Gourmet, Le fils mérite plus que l’hommage de la critique : il mérite l’intérêt des spectateurs.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2002
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