Un film français de Dominik Moll
Avec Charlotte Rampling
Charlotte Gainsbourg
Laurent Lucas
André Dussollier
et Jacques Bonnaffé
Diaphana - 2005 - 2h09
Vous
avez aimé Harry, un ami qui vous veut du bien ? Vous
adorerez Lemming, le nouveau film de Dominik Moll, à
nouveau en compétition à Cannes.
Alain et Bénédicte (Laurent Lucas et Charlotte
Gainsbourg), jeune couple amoureux, vient de s'installer à
Bel Air et commence une nouvelle vie. Lui est ingénieur,
elle femme au foyer. Tout se passe pour le mieux jusqu'au jour
où ils reçoivent à dîner le patron
d'Alain (André Dussolier) et son épouse (Charlotte
Rampling), couple déchiré brûlant d'une
haine mutuelle. Cette soirée tourne rapidement au désastre
et sonne le glas de la vie paisible des tourtereaux.
Confrontation de couples, atmosphère malsaine, intentions
indéchiffrables des protagonistes… Cinq ans après
le triomphe mérité de Harry, un ami qui vous veut
du bien (déjà en compétition à Cannes),
Dominik Moll remet le couvert avec une recette efficace et éprouvée.
Aidé au scénario par Gilles Marchand (déjà
co-auteur de Harry, scénariste de Ressources humaines
et réalisateur de Mais
qui a tué Bambi ?), il reconstitue deux binômes
"normaux" qui vont s'affronter sur des terrains qui
le sont beaucoup moins ("normaux").
C'est qu'entre thriller oppressant et introspection de couples
"au bord de la crise de nerf", il y a matière
à captiver son monde. Surtout si le casting est à
la hauteur des intentions, ce qui est indéniablement
le cas ici. La rencontre des deux Charlotte (Rampling et Gainsbourg)
est à ce titre une formidable réussite. Mais il
ne faudrait pas oublier l'interprétation toute de retenue
efficace du trop rare Laurent Lucas, ni surtout l'extraordinaire
(le mot n'est pas trop fort) composition d'un André Dussolier,
d'autant plus troublant qu'il cultive, jusqu'au malaise, une
ambiguïté "naturelle" indéchiffrable.
Vous l'aurez compris, si Dominik Moll décline à
nouveau sa thématique de prédilection (jusque
dans un final rappelant furieusement celui de Harry), s'il surprend
moins (forcément) que cinq ans plus tôt, il n'en
réussit pas moins à nous scotcher au fauteuil
deux heures durant et à nous procurer ces délicieux
frissons d'effroi que l'on aime/déteste tant ressentir
au cinéma !