Un film suédois de Lukas Moodysson
Avec Oksana Akinshina
Artiom Bogucharskij
Elina Beninson
et Lilia Shinkareva
Haut et Court - 2003 - 1h49
Quand
le jeune Volodia, 13 ans à peine, avale des médicaments
de hasard pour oublier quelques heures sa vie sordide, il ne lui vient
évidemment pas à lidée de consulter une
quelconque notice davertissement sur leurs effets secondaires.
Il faut dire que dans la Russie de Poutine, entre misère noire
et désespoir absolu, quand le minimum vital, physique et moral,
vient à manquer, on ne sarrête plus à ce
genre de détail. Il est pourtant indispensable que votre pharmacien
culturel vous prévienne contre les conséquences de ce
film suédois dans lequel on parle essentiellement russe.
Sachez donc que tout signe avant-coureur de sensibilité, de
compassion pour les malheurs dautrui, ou de simple humanisme
est fortement déconseillé au spectateur de Lilya 4-ever.
En effet, ces "faiblesses" peuvent entraîner un fort
choc émotionnel à la description de la descente aux
enfers de la jeune et jolie Lilya, 16 ans et livrée à
elle-même dans le néo-tiers-monde sauvage de lex-URSS.
Abandonnée par sa mère (exactement comme certains abandonnent
leur chien au bord de la route des vacances) qui part sinstaller
aux Etats-Unis avec son nouvel ami, Lilya est rapidement expulsée
de son appartement par la vieille femme chargée de veiller
sur elle, et abandonnée par ses amis, à lexception
du touchant petit Volodia. Dès lors, elle va se marginaliser
à grande vitesse sous nos yeux effarés dune telle
concentration dinhumanité, dégoïsme
et dindifférence.
Caméra à lépaule, Lukas Moodysson ne recule
devant aucun détail pour faire ressentir "de lintérieur"
les déflagrations émotionnelles encaissées par
Lilya. Avec elle, on ressent lécroulement dun monde
certes fragile, mais encore supportable. Sans repère ni protection,
elle nest plus, comme Volodia, que la proie désignée
dune société avide, cupide, réduite à
ses pulsions animales, entre instinct de survie et satisfaction de
ses besoins primaires.
Ce tableau, on ne peut plus sombre, brossé avec conviction
et sincérité, plonge dans la noirceur de lâme
humaine livrée à elle-même. Point de salut à
attendre de lindividu : lhomme est mauvais par essence,
nous dit Lukas Moodysson. Et sa démonstration, en najoutant
aucun artifice, aucun voyeurisme, aucune complaisance au propos, finit
de déprimer le spectateur, convaincu de la désespérante
justesse de la démonstration.