Un film américain de Sofia Coppola
Avec Bill Murray
et Scarlett Johansson
Pathé - 2004 - 1h42
Un
beau film, drôle et mélancolique, pour commencer
l’année 2004 en état de grâce. On
ne remerciera jamais assez papa Coppola d’avoir donné
au monde Le Parrain et Sofia.
Bob Harris comédien quinquagénaire ayant connu
son heure de gloire dans les années 70, vient à
Tokyo tourner une pub formidablement bien payée pour
le whisky Sumtory. Charlotte a 23 ans. Elle a terminé
ses études universitaires et ne sait pas trop quoi faire
de son existence. Elle accompagne son mari, photographe de mode,
au Japon.
Reprenant une trame très mince et qui a déjà
servi, notamment pour Brève rencontre de David Lean,
Sofia Coppola se paye le luxe, pour son second film, de nous
offrir une œuvre complètement originale.
Ceux qui ont vu et aimé Virgin suicide savent que Sofia
Coppola filme tout en douceur et que ses images riment avec
la musique qui les habille. Ils savent également que
la réalisatrice a le don de nous amener à l’émotion,
sans la surligner, plutôt en la suggérant.
Dans la plupart des films, le spectateur voyeur a droit à
une scène de cul. Occasion de constater que tel belle
fille a les seins en forme de poire ou que tel beau mec a les
fesses en forme de pomme. Nous nous sommes habitués à
déshabiller les acteurs comme s’ils étaient
les poupées Barbie de notre imaginaire.
Dans Lost in translation, le film s’ouvre sur un plan
magnifique où l’on voit le dos, la chute de reins
et la petite culotte rose de Charlotte. Cette sensualité
nous est donnée d’entrée comme une évidence.
De même, Sofia Coppola nous montre les corps de ses deux
personnages comme partie intégrante de l’histoire.
Le corps comique de Bill Murray, héritier de Jerry Lewis,
le corps intensément féminin et charnel de Scarlett
Johansson.
Comme nous sommes dans un beau film, il ne s’agit pas
de la rencontre de deux corps mais de la réunion et de
la fusion passagère de deux âmes. En fait, deux
solitudes se rencontrent et se posent des questions. Ce qui
semble hanter Mademoiselle Coppola n’est rien d’autre
que le sens de la vie. À un moment Charlotte demande
à Bob si, en vieillissant, on se heurte moins aux choses
et aux êtres. Ce film pose la question : comment vivre
(bien sûr) et comment recevoir la présence de l’autre
?
En fait, quand on rencontre quelqu’un et que l'on sent
quelque chose d’indéfini nous broyer les tripes
en sa présence, l’autre apparaît comme un
moment de grâce. Les moments de grâce sont très
rares. Ils sont, pour faire poétique, les loupiottes
qui illuminent le chemin de notre existence.
Lost in translation nous parle de cela, entre autres. Mais aussi
de la découverte d’un pays inconnu, aux codes différents,
d’un hôtel international anonyme à la fois
refuge et no man’s land, de l’idiotie des conversations
téléphoniques où l’on n’arrive
pas convenablement à s’expliquer et où l’autre
ne vous comprend pas.
Autour de ce film, il y aurait de quoi écrire beaucoup
de choses. N’oublions pas l’essentiel : Sofia Coppola
est profondément douée, mais elle ne la ramène
pas. Chez elle, rien qui pèse ou qui pose.
Un conseil d’ami. Allez voir ce film dans une salle tranquille.
Avec un grand écran. C’est un film piscine. Il
faut s’immerger ou plonger dedans.