Un film américain de Gary Fleder
Avec John Cusak
Dustin Hoffman
Rachel Weisz
et Gene Hackman
UFD - 2004 - 2h07
Quand
le scénario est écrit au détail près
et que les acteurs sont au sommet de leur art, un thriller peut
atteindre ce niveau de qualité qui nous fait encore aimer
le cinéma américain.
Suite à une tuerie comme les Etats-Unis en connaissent
régulièrement (un employé licencié
le vendredi revient le lundi matin armé jusqu'aux dents
pour massacrer tous les anciens collègues qui croisent
son chemin), la veuve d'une victime décide de se retourner
contre les "marchands d'armes" qui commercialisent,
sans aucun contrôle (et en toute légalité),
des armes de guerre redoutables. Quand le procès s'ouvre
deux ans plus tard à la Nouvelle Orleans, l'enjeu est
colossal pour le lobby des armes à feu : si leur responsabilité
était pour la première fois reconnue dans ce type
d'affaire, la condamnation ferait rapidement jurisprudence et
entraînerait à court terme la ruine de cette florissante
industrie.
"Un procès est trop important pour le laisser aux
mains des jurés." Si la sentence est brutale, elle
a le mérite de planter sans ambiguité le décor
d'un film qui fait le pari de combiner un genre éminemment
statique (le film de procès) et un genre de pure action.
Directement tiré d'un roman de John Grisham, Le maître
du jeu narre donc l'impitoyable bras de fer et jeu d'influences
que se livrent l'accusation, la défense… et un
troisième protagniste qui, de l'intérieur, va
entreprendre de tirer les marrons du feu.
Tout entier tourné vers l'efficacité de son (excellent)
récit, Gary Fedler ne cherche pas à révolutionner
le septième art, mais seulement à conserver la
rigueur nécessaire à la crédibilité
de son film. Servi en cela par un scénario irréprochable,
il peut s'appuyer sur un quatuor d'acteurs PAR-FAITS (Gene Hackman,
Dustin Hoffman, John Cusack et Rachel Weisz) qui collent aux
personnages avec une conviction troublante.
Ajoutez un thème dans l'air du temps auquel le public
a été familiarisé par d'autres réalisateurs
avant lui (Bowling
for Columbine de Michael Moore ou Elephant
de Gus Van Sant) et vous avez un excellent thriller dont le
seul défaut réside dans son inévitable
final moraliste. Mais le cinéma américain ne serait
pas tout à fait ce qu'il est s'il se départissait
de ce défaut quasi-génétique…