Un film espagnol de Alejandro Amenabar
Avec Javier Bardem
Belén Rueda
Clara Segura
Mabel Rivera
et Celso Bugallo
UGC - 2005 - 2h05
Film
sur le désir de mourir qui résulte d’une
appréciation personnelle du statut de personne handicapée,
Mar adentro donne envie de vivre et d’aimer ses proches.
Un grand mélodrame métaphysique.
Mar adentro est tiré d’une histoire vraie, celle
de Ramon Sampedro, cloué sur son lit depuis 26 ans. Tétraplégique
à la suite d’un saut dans l’océan.
Ramon Sampedro est à la charge de sa famille et réclame
le droit de mourir. Comme il ne peut bouger, il a besoin de
quelqu’un pour l’aider dans sa démarche.
Le film commence lorsque Julia, une avocate atteinte d’une
maladie dégénérative, vient lui rendre
visite en Galice pour l’aider à préparer
une action juridique contre l’Etat qui, là comme
ailleurs, rejette cette forme d’euthanasie.
Ramon (interprété par un Javier Bardem intense,
désespéré et rayonnant) souhaite en finir
avec l’existence pour des raisons qui sont profondes et
nullement caricaturales. Son calvaire est d’autant plus
vif que son intelligence est lucide et aiguë. Il se rend
compte qu’être un bout d’homme et avoir constamment
besoin des autres, être sans défense, ne peut lui
convenir. Avant son accident, il a été marin et
a fait le tour du monde. Il a connu le voyage et l’état
d’indépendance.
Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que la dépendance
à autrui ? Comment vivre en étant physiquement
diminué ? Ces questions posées par le film d’Alejandro
Amenabar sont parmi les plus importantes qui soient. Ce sont
des questions qui ont des résonances dans nos existences
et celles de nos proches.
Voilà donc un sujet qui touche à l’essentiel
et nous saisit par son humanité. Par rapport à
cela, peu importe que le cinéaste se permette quelques
facilités et que certaines envolées mélodramatiques
soient surlignées. Devant l’émotion qui
saisit le spectateur, les critiques s’effacent. Ce qui
est raconté est tellement poignant que le fond prend
le pas sur la forme.
Et pourtant, n’allez pas croire que la forme n’a
pas d’importance. Pour Amenabar, le cinéma prime.
Et le flux et reflux des émotions qui nous étreignent,
ressemble aux images de mer et de vagues qui ponctuent l’histoire
d’un rêveur immobile.
Tous les acteurs sont magnifiques. Certaines scènes (lorsque
la pensée de Ramon lui permet de rejoindre la plage ;
l’accident de Julia) vous suffoquent et vous prennent
aux tripes. Par ailleurs, Ramon sourit pour éviter de
pleurer et use de l’humour comme d’une arme.
Ce film demande à chacun d’entre nous de ne pas
s’arrêter aux apparences. Franchement, en ces temps
où d’authentiques démagogues nous invitent
à adopter la positive attitude, allez voir Mar adentro
et laissez-vous porter par son message. Vous comprendrez que
la positive attitude est un anglicisme, un leurre et vous apprécierez
qu’on fasse appel à votre intelligence ET à
votre sensibilité.