Un film français de Robert Guédiguian
Avec Ariane Ascaride
Jean-Pierre Darroussin
et Gérard Meylan
Diaphana - 2002 - 2h04
Depuis
20 ans, Robert Guédiguian a délimité son univers
imaginaire et il sy tient scrupuleusement. Résumé
en peu de mots, cet univers se définit géographiquement,
Marseille et ses environs, et humainement autour dacteurs fétiches,
fidèles de toujours : Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin
et Ariane Ascaride (madame Guédiguian à la ville). Sans
déroger dun pouce à ces principes immuables, Robert
Guédiguian aborde avec Marie-Jo et ses deux amours les rivages
du drame sentimental, sujet périlleux sil en est.
Marie-Jo (Ariane Ascaride) est ambulancière et totalement épanouie
dans sa vie de couple avec Daniel (Jean-Pierre Daroussin), petit entrepreneur
en bâtiment. Pourtant, depuis un an, Marie-Jo a un amant, Marco
(Gérard Meylan), quelle aime tout aussi passionnément
que son mari. Tiraillée entre ces deux hommes, Marie-Jo doit
composer avec son cur de femme amoureuse, les demandes pressantes
de son amant, le secret vis-à-vis de son mari et les conventions
qui saccommodent mal de ce genre de situation.
Même si lon aime, a priori, le cinéma de Guédiguian,
Marie-Jo et ses deux amours laisse un goût étrange au
fond de la gorge au moment où les lumières se rallument.
Formellement, on ne peut rien reprocher ni au scénario, ni
à la mise en scène, ni aux acteurs eux-mêmes,
confondants de naturel dans chaque scène. Rien de racoleur
non plus, malgré le sujet.
Non, le petit goût étrange est ailleurs, dans les détails
plutôt. Dans cette chanson de Serge Lama fredonnée a
capella par Marie-Jo à son amant, dans ce cahier des coutumes
locales liées à lacte amoureux, glanées
aux quatre coins du monde par Marco, ex-navigateur au long court,
dans cette fin improbable et tragique, surtout.
Parce que pour le reste, on ne peut que louer Robert Guédiguian
de la sincérité générale de son uvre.
Rien nest éludé de la complexité de la
situation de Marie-Jo et du mal de vivre qui en découle. Rien
nest caché du désarroi du mari découvrant
la situation et du mutisme hébété dans lequel
il senferme. Rien ne manque à la perception de la solitude
dans laquelle se trouve enfermé lamant. La multitude
de sentiments complexes qui traversent les personnages sont parfaitement
restitués, sans effets grandiloquents ni ruissellements de
violons.
Finalement, cest peut-être de cette "pudeur démonstrative"
que lon doit remercier le plus Robert Guédiguian. Et
de sa capacité si personnelle à évoquer la vie
des gens ordinaires sans misérabilisme ni condescendance. Simplement
avec dignité et passion.