Un film américain de Woody Allen
Avec Scarlett Johansson
Emily Mortimer
Brian Cox
et Jonathan Rhys-meyers
2005 - 2h04
Dynamisé
par un tournage à Londres, Woody Allen ose le drame ironique
et nous donne le meilleur de lui-même : désespéré,
cynique et humain.
Match point, le 39e film de Woody Allen nous réserve
de bonnes surprises. En effet, après quelques films sympathiques
et jamais mineurs, il passe tout de même à la vitesse
supérieure, dans le sens où il nous offre une
œuvre noire, profonde et que l’on regarde sans jamais
se demander si l’on perd son temps.
Woody nous plonge dans ce qu’on appelait au 19e siècle,
un récit d’apprentissage. Même s’il
fait référence à Dostoïevsky en ce
qui concerne les dilemmes moraux des personnages, Match point
(Balle de match) fait penser à ces grands romans écrits
par Dickens, Goethe ou Thackeray et qui nous décrivent
l’ascension sociale et la réussite d’un jeune
homme sans fortune. Comment faire son chemin dans l’existence…
Chris a été tennisman durant sa jeunesse. D’un
bon niveau, sans atteindre les plus grands. Quand commence le
film, ce jeune Irlandais s’installe à Londres pour
y donner des cours de tennis dans un country club. Cela lui
permet de rencontrer Tom, fils d’une riche famille d’entrepreneurs.
Et Tom lui présente sa sœur Chloe, très sensible
aux charmes du bel irlandais. Pendant qu’il courtise Chloe
et se fait apprécier de toute la famille, Chris rencontre
Nola, une jeune actrice américaine fiancée à
Tom. Il ressent un désir intense pour Nola. Cela dit,
on le comprend, Nola étant interprétée
par Scarlett Johansson, l’anti-bromure par excellence.
Tout est disposé pour qu’ait lieu un drame. Comment
Chris réagira-t-il quand la passion charnelle viendra
s’interposer entre lui et la réussite tant convoitée
?
Un drame aura lieu effectivement. Admirablement mis en scène
et rythmé par des airs d’opéra de Puccini
qui donnent à l’ensemble une teinte crépusculaire.
Ce film nous change du Woody Allen auquel nous sommes habitués
sur certains points : tout d’abord, si le film est admirablement
dialogué, il ne fourmille pas de mots d’auteur.
Pas de traits d’esprit et Chris, interprété
par Jonathan Rhys-Meyers, est plus proche d’un Martin
Landau jeune (en référence au personnage de Crimes
et délits) que d’une pâle copie de Woody.
Pour la première fois de sa carrière, un film
de Woody Allen dure plus de 2 heures. Et du coup, le réalisateur
prend son temps : les saisons passent et la complexité
des caractères s’approfondit.
Et puis le New-Yorkais ne nous avait pas habitué à
des personnages à la libido aussi effrénée.
Il y a du désir, des pulsions à vif. Voilà
un film où vouloir quelqu’un signifie que l’on
est presque en transe, hors de soi-même.
Cela étant dit, Londres tel qu’il est décrit,
ressemble à un appendice de New-York où les castes
sociales seraient moins étanches.
Quand Woody nous parle du désir de réussite des
individus, prêts à tout pour asseoir leur position,
il nous parle de la société de Tony Blair qui
est une sœur de la société américaine
contemporaine.
Allez donc voir Match point pour vous faire une idée.
C’est une œuvre qui a du fond, du sens et qui vous
entraîne dans sa spirale.