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NOS MEILLEURES ANNÉES

Un film italien de Marco Tullio Giordana
Avec Luigi Lo Cascio
Alessio Boni
Jasmine Trinca
Adriana Asti
Sonia Bergamasco
et Paolo Bonanni

Océan Films - 2003 - 6h06
Une magnifique saga à ne rater sous aucun prétexte, et surtout pas celui de la durée (2 fois 3 heures). Par ces temps de canicule, on est si bien au frais dans une salle obscure !


Par quel prodige, pourrais-je donc vous inciter, vous le cyber lecteur fidèle et assidu de Jowebzine.com, à vous cloîtrer durant près de 366 minutes (2 épisodes de 3 heures chacun) dans la pénombre estivale moite et clairsemée d’une salle de cinéma ? Difficile en effet, surtout par 40°, ne manquerez-vous pas de me rétorquer. Et pourtant Nos meilleures années réussit là où tant de films à durée pourtant plus "standard" ont échoué.

Cette saga familiale réalisée initialement pour la télévision italienne par Marco Tullio évite bien heureusement tous les écueils et poncifs rencontrés dès lors qu’il s’agit de dépeindre sur plusieurs années les tortueuses relations filiales, fraternelles et conjugales.

Rien ne disposait pourtant à une telle réussite : des acteurs peu connus de ce côté-ci des Alpes ; une histoire courant sur près d’un demi-siècle ; une famille somme toute "ordinaire" avec son cortège de crises internes et de petits moments de bonheur ; un melting-pot de sujets de société abordés mais volontairement non expliqués : en vrac, la lutte des classes, le terrorisme, le militantisme, l’univers psychiatrique, la libre entreprise, la pieuvre mafieuse, une certaine Intelligentsia…

Il faut par conséquent trouver ailleurs les clefs de la réussite de cette grande fresque transalpine.
Tout d’abord dans l’interprétation toujours juste, vivante et simple des acteurs qui ne sombre à aucun moment, ni dans les clichés éculés de l’Italien arnaqueur, coureur de jupons s’exprimant de préférence avec les mains, ni dans le mélo des soap ou des comédies larmoyantes actuels.
Dans le scénario ensuite qui, certes, impose des chassés croisés multiples à devoir suivre les deux principaux protagonistes de l’histoire que sont Nicola et Matteo, les deux frères aux destins éloignés, mais sans jamais cependant donner de maux de tête intempestifs.

Les événements en toile de fonds également qui, bien que renvoyant à la mémoire collective italienne, peuvent sans difficulté trouver écho dans tout autre pays européen : l’inondation de Florence en 1968, la montée des brigades rouges durant la seconde partie des années soixante-dix, l’attentat du juge Falcone en 1992 et enfin le football sans lequel l’Italie ressemblerait à une pizza 30’ sans supplément de fromage.

Enfin et surtout, dans le temps et la durée qui permettent aux intrigues de se nouer à leur rythme, aux personnages d’êtres campés, définis avec profondeur et justesse, où les pièces s’assemblent au fur et à mesure un peu comme dans les meilleurs Lelouch (allez, si, il en existe !). Bref, vous ne tarderez pas à tomber sous le charme de ce cheminement sans saccade, ni flash-back, ni course poursuite frénétique, mais toujours rythmé comme seules les bonnes séries et sagas télévisées d’antan d’un Stellio Lorenzi (Jacquou le croquant) ou de Dean Riesner (Le riche et le pauvre) savaient, par exemple, nous offrir.

Non, je vous le garantis, à aucun moment vous ne vous ennuierez car de longueur vous ne trouverez point.

Alors, après vous être muni d’un brumisateur silencieux, d’une bouteille d’eau conséquente, d’un bon bob (pas certain de celui-là) enfourchez votre Vespa ou votre Piaggio et courrez vous délecter des aventures de la famille Carati. Avanti !


Stéphane Muller
© Jowebzine.com - Août 2003
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