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MEMOIRES DE NOS PERES

Un film américain de Clint Eastwood
Avec Ryan Phillipe
Jesse Bradford
Adam Beach
Jamie Bell
Neal Mcdonough

Warner Bros - 2006 - 2h20
Premier volet d’un diptyque consacré à la bataille d’Iwo Jima, Mémoire de nos pères est un grand film qui parle de la guerre et de ses répercutions sur ceux qui la font, ceux qui l’ont faite.


Qu’est-ce que cela signifie pour un être humain de connaître l’expérience de la guerre ? Que ressent-il en plein combat ? Et comment accepte-t-il de devenir un héros aux yeux de ses concitoyens, sachant qu’un héros est une construction a posteriori de l’Histoire ?

Voilà quelques-unes des questions que l’on se pose en regardant Mémoires de nos pères et qui trouvent réponse grâce au travail exceptionnel de Clint Eastwood, tant dans la forme que dans le fonds.

Tout part d’une photo prise en 1945 et qui a fait le tour du monde. On y voit six militaires américains hisser leur drapeau sur l’île japonaise d’Iwo Jima. Cette photo redonne le moral à l’Amérique toute entière car elle illustre un effort collectif pour arriver à la victoire.

C’est une des raisons pour lesquelles on demande aux trois survivants (dont un Amérindien) de faire le tour du pays afin de récolter des bons du trésor qui permettront de continuer et de terminer la guerre. Trois jeunes hommes servent alors de porte-drapeau à l’héroïsme américain. Certains le vivent mal, d’autres s’en servent pour tenter de réussir.

Cette photo, comme nous l’apprendrons au cours du film, est un trucage. Elle ne dissimule pas la réalité, mais elle la modifie.

Quand à l’expérience de la guerre, elle n’est pas explicable. Elle vient hanter la conscience de chacun des trois soldats dans des réminiscences insistantes et fantomatiques qui jalonnent le film.

Là où Steven Spielberg (par ailleurs coproducteur du film) nous livrait une bataille du soldat Ryan in extenso, la guerre ou tout au moins la bataille vue par Eastwood est violente, absurde, insensée et seulement cimentée par l’amitié qui lie les hommes entre eux.

Outre que tout soldat revenu de guerre doit se sentir un peu faussaire, le film nous montre qu’on ne revient jamais indemne, qu’on ne revient jamais tout simplement. Et il faut vivre avec le savoir de l’horreur, de la souffrance inexpliquée. Il ne faut surtout pas attendre qu’on vous soit redevable de vous être battu pour votre pays.

Car une guerre chasse l’autre, un événement annihile l’événement précédent. Et le peuple oublie ceux qu’il a adulés. Comme disait Gainsbourg : on passe, on pense à autre chose…

Film sous-exposé où la lumière est aussi sépulcrale que le propos, Mémoires de nos pères est un nouveau chef d’œuvre de Monsieur Clint. Pourquoi un chef d’œuvre ? parce qu’il traite d’un sujet qui nous hante depuis la nuit des temps, la guerre. Peut-être le seul domaine dans lequel l’homme a du talent…

Et Monsieur Clint nous parle avec la sagesse de l’homme qui est en fin de parcours. Ce qu’il nous dit sur l’âme humaine et sur la société est juste, subtil et sans concessions.

Cet homme, Clint Eastwood, qui ne cherche ni à plaire ni à déplaire, est déjà entré dans la légende. Son film est inoubliable, dérangeant.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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