Un film américain de Michael Mann
Avec Colin Farrell
Jamie Foxx
et Gong Li
UIP - 2006 - 2h15
Piégé
par des trafiquants de drogues Colombiens particulièrement
perspicaces, le FBI vient de se faire dégommer trois agents
infiltrés. Le patron du Bureau n’a plus qu’une
solution pour achever la mission : faire appel aux meilleurs flics
du comté de Miami-Dade, les détectives Sonny Burnett
et Ricardo Tubbs.
Ah ! Les joyeuses années 80 ! Je m’adresse là
aux trentenaires aguerris qui, en 1985, tous les samedis, entre Champs-Élysées
et Les Enfants du Rock, attendaient avec impatience le roulement de
batterie électronique du générique en multi-écrans
de Deux flics à Miami. Ferrari Testarosa, filles toutes en
nichons à bikini suspensoirs, longues rangées de palmiers
ployant sous le vent d’Ocean Boulevard, hors-bord de compétitions
filant au gré d’une mer houleuse… Le générique
achevé, on retrouvait le blond gominé en costard blanc
Armani, manche retroussées sur t-shirt rose à boutonnage,
Sonny Crockett, et le Noir aux yeux clairs, en pantalon à pince
et chemise scintillante DKNY, Ricardo Tubbs, et c’était
parti pour 45 minutes d’enquêtes en sous-marin, bercées
par divers tubes du moment de Simply Red à Phil Collins (qui
fit une apparition dans un épisode), photographié avec
un souci criard de l’esthétique et encharmé par
quelques-unes des plus belles femmes que la terre ait jamais portée.
Sonny et Rico y mettaient tout leur courage, y perdaient leur cœur
et tentaient tant bien que mal d’épingler des méchants
surdoués au risque de leur vie. C’était glamour,
violent et vachement bien. Aujourd’hui, ce serait irregardable
comme un vieux film de Michael Mann, genre La forteresse noire ou
Manhunter.
Michael Mann justement. Petit éclaircissement : Mann n’est
pas le créateur de la série. Il en fut juste son producteur
exécutif de 1984 à 1989 et l’auteur de quelques
épisodes. À savoir, néanmoins, l’un des
inventeurs du style Miami vice. Mais en reprenant, en 2006, le flambeau
de la série pour en tirer ce long-métrage surprenant,
il ne fait pas dans la séquelle telle qu’on l’entend
ces temps-ci (cf. Starsky
et Hutch entre autre surenchère). Disons qu’il dépoussière
et la série et son propre formalisme.
Jusqu’à Collateral
en 2004, on pouvait dire de Mann qu’il avait un style efficace-daté.
Mouvements d’appareils complexes, images saturées d’application,
cadrages explicatifs, tout cela appartenant ou créant des modes,
emmurés dans une époque. Avec Collateral, Mann découvre
la caméra numérique qui permet une plus grande liberté
de travail notamment en nocturne. Du coup, son film se déroule
exclusivement de nuit, à l’éclairage naturel et
infléchit son filmage habituel : la caméra repose de
moins en moins sur le travelling, on bannit presque le steadycam et
on charge l’engin sur l’épaule. Ca n’a l’air
de rien mais ça va rapidement faire des émules et surtout
nous sortir de la gangue 90 du style John Woo (voire pour cela, le
travail assez génial de J.J. Abram pour Mission
: Impossible 3).
Les salles de Miami vice, en ce mercredi de sortie, sont garnies d’un
public venu chercher du film d’action qui, habituellement en
cette saison, dégueule des salles estivales. Or Miami vice
n’en est qu’un demi. Car ce que Michael Mann a conservé
de l’original, c’est son essence même. Un rythme
assez lent, des personnages féminins antipotiches qui tordent
la morale à testostérone des héros, des scènes
d’actions finalement rapides et plutôt rares et, surtout,
une fin qui ne finit pas au sens hollywoodien du terme, à savoir
: les méchants s’en sortent, les gentils rengainent en
n’ayant sauvé que peu de choses. Deux flics à
Miami nous montrait déjà ça, les enquêtes
pouvaient s’étaler sur plusieurs épisodes sans
jamais se conclure au Champagne. Miami vice est de cet acabit. J’ai
vu sortir un type de la séance précédente qui
encourageait le public suivant à se faire rembourser sa place.
J’ai entendu dans la salle, des gens s’emmerder à
cent sous de l’heure. Dommage.
On notera au passage que Crockett devient Burnett et que le costard
Armani ne se retrousse plus aux manches et se troque plus facilement
contre un bon vieux jean et une chemisette à col ouvert. Farrell
et Foxx sont plutôt bons dans ce cinéma-vérité
qui ne laisse plus trop de place à la frime (quoique, hors-bord
et grosses cylindrées sont toujours des accessoires nécessaires).
Et Miami n’existe plus vraiment comme une place permanente au
soleil. L’endroit est même craspouille, on n’en
voit que les contre-allées à poubelles et les bâtiments
ultramodernes moches. Bref, le Miami vice de Mann est plus que jamais
éponyme.