Le
peuple migrateur n'est pas seulement un documentaire animalier réservé
aux seuls naturalistes, ce film a avant tout pour vocation, à
l'instar de Microcosmos, de sensibiliser un large public à
la vie sauvage en l'intéressant à un des phénomènes
les plus spectaculaires du monde animal : les migrations d'oiseaux.
Esthétiquement irréprochable, Le peuple migrateur utilise
les techniques de tournage les plus sophistiquées parvenant
notamment à faire se rencontrer sujets et spectateurs au moyen
de prises de vue exceptionnelles. On est ainsi souvent projeté
au milieu d'oiseaux filmés en plein vol. Ces moments de grâce
ne sont pas le seul attrait de ce film captivant. D'autres scènes
spectaculaires rythment le récit comme le piqué des
fous de Bassan ou la parade des Grèbes.
Mais c'est quand il illustre des scènes spécifiques
aux migrations que le film est le plus intéressant. Le public
peut ainsi assister à une halte de cigognes qui, pour se reposer,
sont obligées de se poser en plein Sahara soit loin de leur
milieu habituel. Jacques Perrin a également le mérite
de ne pas s'apitoyer sur le sort d'oiseaux blessés ou prisonniers
qui, incapables de reprendre leur route, agoniseront lentement.
Dans la longue liste des pièges qui guettent ces impressionnants
voyageurs, les activités anthropiques quelles soient économiques
(trafiquants d'oiseaux rares) ou sportives (scènes de chasse),
tiennent une place de choix. Cette dénonciation silencieuse
atteint son but pédagogique tout en évitant les leçons
de morale.
Toutefois, on peut reprocher au producteur de régulièrement
décrocher du sujet, alors que de nombreux aspects naturels
liés aux migrations ne sont pas évoqués. On peut
ainsi regretter que peu de place soit laissée aux prédateurs
ou à l'organisation de la vie du groupe. Mais le plus dommageable
est qu'en focalisant son propos sur les grands oiseaux migrateurs
à étapes, Jacques Perrin favorise chez le public une
représentation mentale faussée de ce peuple migrateur.
En effet, les passereaux de nos jardins (fauvettes des jardins, hirondelles...)
sont peu évoqués alors qu'ils parcourent des distances
souvent supérieures à celles des grands oiseaux. Seul
un rouge-gorge apparaît dans le récit mais seulement
pour illustrer le printemps. L'impact du film aurait pu être
beaucoup plus fort si une place avait été réservée
aux espèces communes.
Mais au final, le film atteint son but, et est susceptible de rendre
le spectateur moins insensible aux êtres vivants qui l'entourent.