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MILLION DOLLAR BABY

Un film américain de Clint Eastwood
Avec Clint Eastwood
Hilary Swank
Morgan Freeman

Mars Distribution - 2005 - 2h12
Un film remarquable aux Oscars mérités. Clint Eastwood vient de commettre un classique instantané et dont on parlera longtemps.


Quand Maggie Fitzgerald (Hyllary Swank), jeune femme d’une trentaine d’années, débarque dans la salle de sport dirigée par Frankie Dunn (Clint Eastwood), entraîneur réputé, celui-ci la traite par le mépris et refuse d’entraîner une fille. Scrap, vieux boxeur à moitié aveugle, qui s’occupe de la salle de gym, ému par la ténacité de Maggie, lui donne un coup de main.

L’histoire est racontée par Scrap. C’est donc la voix chaude et belle de Morgan Freeman qui rythme un récit dont il faut distinguer les trois premiers quarts s’attachant à l’apprentissage d’une championne et le dernier quart qui n’est pas sans rappeler le thème de Mar adentro, le film d’Amenabar.

La différence est la suivante : là où Amenabar se livre à des affèteries de style, Clint Eastwood opte pour une sobriété constante, à peine soutenue par une mélodie qu’il a composé et dont il a le secret. La mise en scène de ce film arrive à un point de perfection.

Eastwood laisse à l’histoire le temps de nous capter, aux personnages le temps d’approfondir leurs relations. Tout sonne juste : l’amitié entre Scrap et Frankie Dunn, leurs vannes qui sont autant de sentiments visibles. L’amitié entre Dunn et Maggie qui se rapproche d’une relation filiale et de l’amour dans ce qu’il a de plus pur. Les couleurs bleu acier ou gris du film, ces nombreux plans où le visage d’un acteur émerge des ténèbres… Tout concoure à nous faire voir un film en noir et blanc qui aurait quelques couleurs.

Le thème de l’apprentissage et de la réussite est d’autant mieux traité que le film décrit un nombre considérable de losers et qu’il les décrit avec humanité, comme des perdants magnifiques. Maggie, même si elle s’élève dans l’art de la boxe, appartient à ce monde. Sa famille, minable, ne lui reconnaît aucun talent et refuse ce qu’elle peut apporter. Son dévouement à l’entraînement est admirable, mais il serre le cœur. La vie de Maggie est d’une tristesse insondable et pourtant elle rayonne littéralement.

On remarquera qu’Eastwood a un talent certain pour filmer (mais ça, on le savait déjà) des scénarios d’une grande qualité. Il nous plonge dans le dernier quart du film dans une tragédie qui ne vous laisse pas indemne. On s’accroche à son fauteuil, on serre les dents.

Sans dévoiler quoi que ce soit, ce film nous donne une petite idée de qui était l’homme sans nom des films de Sergio Leone incarné par Clint dans les années 1960, un homme qui n’avait plus de sentiments, plus d’histoire personnelle parce qu’il avait souffert au-delà du possible.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mars 2005
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