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     CiNéMa
 
MINORITY REPORT
 
Un film américain de Steven Spielberg
Avec Tom Cruise
Max Von Sydow
et Colin Farrell

Dreamworks - 2002 - 2h25
Le charme de Steven Spielberg, c’est d’être totalement imprévisible. Impossible de le ranger dans une catégorie ni de savoir, a priori, quelle sera la nature de sa nouvelle production. Qu’y a-t-il de commun, en effet, entre La couleur pourpre et Indiana Jones, entre La liste de Schindler et Les dents de la mer ? Rien, sinon le talent et le succès. Pourtant, s’il est un domaine dans lequel il excelle, un domaine où son génie donne le meilleur de lui-même, c’est bien celui du film d’anticipation. Du choc Rencontre du troisième type (1977) au controversé Intelligence artificielle (2000), voilà un terrain sur lequel il est imbattable. Et comme avec l’âge, l’expérience et l’argent sont venus doter le talent originel de solides fondations, Spielberg atteint aujourd’hui ce niveau d’excellence qui lui permet de s’attaquer à un film aussi ambitieux que Minority report.

En 2054, donc, à Washington, la division Pré-crime, une unité policière expérimentale, est capable de détecter un criminel avant qu'il ne le devienne et d'anticiper ses crimes avant qu'il ne les commette. Alors qu’il revient d'une arrestation musclée, l'agent John Anderton (Tom Cruise) consulte un nouveau dossier. Il se fige littéralement en apprenant qu'il est le prochain tueur. Sans tarder, il disparaît de l'établissement et décide de découvrir le fonctionnement secret de Pré-crime afin de prouver son innocence.

Tiré d’une nouvelle de Philip K. Dick et développé avec la collaboration d’une petite armée de scientifiques, de designers et autres futurologues, Minority report est tout simplement fascinant. Tout y a été imaginé, inventé, créé pour transporter le spectateur dans un futur proche (2050) à la fois extraordinaire et plausible. Aussi plausible, en tout cas, que notre début de XXIe siècle pour un français moyen des années 50 : ordinateur, Internet, téléviseur à écran plasma, DVD, micro-onde… Je vous laisse imaginer la réaction de nos grands-parents à l’énoncé de ces progrès techniques à venir. Ici les innovations sont les automobiles intelligentes, les murs d’image, les projections en 3D (hologrammes) ou la généralisation de la commande vocale, le tout dans un monde qui, pour le reste, n’a pas fondamentalement changé : on ne s’y habille pas en cosmonaute et on ne s’y nourrit pas de pilules protéïnées !

Mais toute cette recréation méticuleuse et foisonnante de détails d’un futur crédible ne serait rien sans une histoire efficace. Une histoire dense, vertigineuse, alambiquée, avec fausses pistes, paradoxes, rebondissements, rivalités et trahisons. Une ambiance oppressante de chasse à l’homme et de recherche de la vérité. Une sorte de mélange à (très) gros budget entre Brazil et Blade runner. Et surtout, surtout une mécanique qui fonctionne parfaitement. Spielberg nous colle au fauteuil dès la première scène pour ne plus nous laisser souffler une seconde. Chaque plan, chaque action, chaque personnage, chaque dialogue tend à renforcer une toile d’araignée habilement tissée.

Jusqu’à Tom Cruise qui oublie son fonds de commerce de beau gosse de service pour donner tout à son rôle. Tour à tour traqué, défiguré ou crâne rasé, il est John Anderton comme rarement il a été un personnage. Et le reste de la distribution à l’avenant, Samantha Morton notamment, qui incarne une Agatha troublante dans son rôle de Pré-cog (extra-lucide au corps endormi et détectant des images de crimes anticipés) à la fois vulnérable et toute-puissante grâce à sa détention du savoir, de la vérité sur toutes ces affaires étroitement mêlées.

Un bémol ? Alors juste un seul : l’impossibilité de Spielberg à couper totalement le cordon du cinéma-business. Après 2h00 d’une œuvre personnelle impeccable, il trébuche bêtement sur une fin un peu lourdement démonstrative qui prend le temps de dénouer lentement les fils habilements emmêlés de l’intrigue et d’offrir au spectateur la juste récompense de son assiduité : une happy-end ou rien ne manque des symboles de la paix et du bonheur retrouvés.

Pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : en nourrissant autant qu’il sollicite l’imagination de son public, Minority report va au-delà de ce que ce type de cinéma a produit jusqu’à ce jour. Alors, comme Agatha le hurle plusieurs fois à John Anderton durant leur folle cavale, "Run !" : courrez voir le dernier Spielberg !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2002
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